Amelia Rosselli : biographie

Carlo e Nello Rosselli avec leur mère

La plus grande partie des informations a été puisée dans la biographie du « Meridiano » publié chez Mondadori sous la direction de Stefano Giovannuzzi (de courts passages en ont été traduits).

1930 : naissance le 28 mars à Paris. La mère, Marion Cave, est née en 1896 en Angleterre, et Carlo Rosselli en 1899 à Rome. La famille s’est réfugiée en France l’été qui suivit la condamnation à l’exil du père pour ses activités antifascistes. Amelia est le deuxième enfant : John, le grand frère, est né en 1927. Pour la distinguer de la grand-mère Amelia Pincherle Rosselli, on la surnomme « Melina ».

1931 : naissance du petit frère, Andrea, après une grossesse difficile qui laisse la mère malade.

1935-6 : séjour d’Amelia et d’Andrea à Florence, chez la grand-mère.

1937 : le 27 mai, Carlo et Nello Rosselli sont victimes d’une embuscade à Bagnoles-de-l’Orne (où Carlo est en convalescence pour une blessure reçue pendant la guerre de 36 en Espagne) par des cagoulards français, vraisemblablement sur l’ordre du gouvernement italien. La grand-mère, venue en France, emmène Amelia et Andrea en Suisse rejoindre la famille de Nello. Marion, restée d’abord à Paris, avec John, part en Angleterre l’année suivante.

1939 : la Suisse refuse de renouveler les visas de la famille, qui s’exile en Angleterre, et se retrouve réunie à Quainton.

1940 : la mère revient en France avec ses enfants, à Nantes, accueillie par la femme de Louis Joxe (futur secrétaire général du Comité français de Libération Nationale). Une première attaque cardiaque la laisse en partie paralysée (elle perd l’usage d’une main et ne parlera plus qu’en anglais). Quand la France est envahie, Joxe organise le transfert des Rosselli en Angleterre, par l’Algérie. Mais la grand-mère, craignant un débarquement des armées allemandes, convainc la famille de partir aux États-Unis, où ils sont accueillis par Max Ascoli, professeur juif que Nello avait aidé à s’expatrier en 1931, et sa femme, des proches d’Eleanor Roosevelt. L’épouse du président leur obtient des visas.

1941 : la famille s’installe à Larchmont, près de New York. Amelia entre à la Mamaroneck Senior High School de Larchmont.

1943 : la directrice de l’école fait découvrir la musique à Amelia. Premiers signes de fragilité nerveuse qui inquiètent toute la famille.

1945 : la fin de la guerre se faisant sentir, la famille projette un retour en Italie, mais Marion est victime d’un second arrêt cardiaque.

1946-7 : en juillet, la famille arrive à Florence. Mais, dès septembre, Amelia repart en Angleterre pour finir ses études à la St. Paul’s School pour filles à Londres. Elle s’y passionne pour la littérature, lit les classiques anglais : Donne, Hardy, D.H. Lawrence, Hopkins, Eliot et Joyce. Mais l’attrait pour la musique est le plus fort : elle commence à étudier le violon, le piano et la composition, ce qui déplait à Marion qui voudrait une carrière plus sûre pour sa fille.

1948 : Amelia finit ses études à la St. Paul’s School et veut se dédier à la musique. Elle est soutenue par John, qui achève son doctorat à Cambridge. Vacances d’Amelia en Italie. La grand-mère lui fait rencontrer Luigi Dallapiccolla qui lui enseigne la composition.

1949 : fiançailles avec Mauro Misul, jeune diplômé d’histoire et admirateur de Carlo Rosselli. Le 13 octobre, mort de Marion à Londres. Amelia, qui se sent coupable envers elle, adopte son nom et signera pendant des années ses lettres privées ainsi que ses premiers articles « Marion ». Elle décide de rester en Italie, et grâce aux relations de la famille, elle est prise comme traductrice et dactylographe aux Edizioni di Communità d’Adriano Olivetti.

1950 : Amelia déménage à Rome, se retrouve dans le cercle des amis de son père, et commence à fréquenter son cousin Alberto Moravia, en froid avec le reste de la famille depuis l’assassinat de Carlo et Nello qu’il n’a pas condamné, proche alors du mouvement fasciste. Se lie d’amitié avec le peintre Giulia Battaglia, et suit des cours de composition avec Guido Turchi et Goffredo Petrassi. Se lie d’amitié avec Roman Vlad et Franco Evangilisti qui est un proche de Karlheinz Stockausen et de Luigi Nono. Premier article musical sur la revue Diapason. S’intéresse à l’ethnomusicologie. À Venise, elle rencontre Rocco Scotellaro avec qui elle lie une forte amitié. Il lui fait rencontrer ou revoir les amis de son père Manlio Rossi-Doria, Gaetano Salvemini et Carlo Levi et l’introduit dans l’intelligentsia romaine : elle rencontre Roberto Bazlen, Renato Guttuso, Giulio Turcato, Piero Dorazio. Les fiançailles avec Mauro Misul sont rompus. Elle commence une relation avec Carlo Levi, de presque trente ans son aîné, qu’elle admet elle-même être une figure paternelle.

1951 : séjours à Paris, chez les Joxe, pour ses recherches d’ethnomusicologie au Musée de l’Homme. Lit André Breton. En juillet, écrit My clothes to the Wind, texte le plus ancien repris dans Primi scritti (1980), où le souvenir de la mère tient une place considérable. Donne à lire ses premiers textes à Bazlen qui l’encourage, et lui conseille de régler ses problèmes personnels avant d’écrire : il lui fait connaître Ernst Bernhard, élève de Jung. Elle s’intéresse à la théosophie, l’alchimie, la chiromancie, et lit assidument le Yi-King.

1952 : suit les cours de Nicola Perrotti en vue de devenir psycho-analyste. Commence une analyse de huit mois avec Bernhard. Fin de la liaison avec Carlo Levi, début d’une relation avec Mario Tobino, de vingt ans son aîné, qui durera jusqu’en 1955. Continue à se faire appeler « Marion ». Lit Ezra Pound et Montale, qu’elle critique, et Campana qu’elle adore. Approfondit ses recherches sur la musique atonale et le dodécaphonisme. Conçoit et fait même réaliser des instruments de musiques. S’intéresse de plus en plus à la politique, proche des positions marxistes.

1953 : s’adonne au dessin (il en reste 99) et à la peinture, expose au printemps dans une galerie à Florence. Mais la musique occupe encore la majeure partie de son temps. Mort de Scotellaro qui marque le début d’une grave crise nerveuse.

1954 : premier électrochoc à la Villa Maria Pia, à Rome. Transfert au Sanatorium Bellevue de Kreuzlingen, sur le lac de Constance. Diagnostiquée « schizophrène paranoïaque ». Nouveau traumatisme, en décembre, avec la mort de la grand-mère.

1955 : en avril, dernière lettre à Mario Turbino, où elle le demande en mariage.

1956 : retour à Rome. Reprend ses recherches d’ethnomusicologie. Lecture de Miller, Prévert, Svevo, Lautréamont, Donne. Écrit en italien, en français (Le chinois à Rome), en anglais (October Elizabethans), et dans les trois langues en même temps (ce qui deviendra Diario in tre lingue).

1957 : nouvelles crises, nouvelle hospitalisation à la Villa Maria Pia. Bernhard conseille de l’envoyer en Angleterre, loin de l’Italie et de Rome. Le 11 juin, elle est transférée sous sédatif au Bethlem Royal Hospital, dans le Kent, puis à Coulsdon où elle est confiée à Rudolf Karl Freudenberg, spécialiste dans le traitement de la schizophrénie. Le 26 août, elle quitte volontairement la clinique et se rend chez John. En septembre, elle rentre en Italie. Étudie le piano, travaille à ses écrits en vue de les faire éditer.

1958 : année intense sur le plan musical et littéraire. Premiers poèmes de ce qui deviendra Variazioni belliche, qu’elle envoie à Einaudi (avec qui elle est en contact pour la réédition des œuvres du père) qui les refuse. Tente d’autres d’éditeurs en vain. Écrit intensément. Nouveau séjour en clinique pendant l’été. S’inscrit au Partito Comunista Italiano (PCI).

1959 : obtient le permis de séjour permanent, mais pas la nationalité italienne. Activités politiques, littéraires, mais surtout musicales. Du 25 août au 5 septembre, participe à l’Internationale Ferienkurse für Neue Musik, à Darmastadt, où enseignent Stockausen, Pierre Boulez, John Cage, György Ligeti et David Tudor avec qui se noue une liaison d’au moins deux ans. Stockausen lui promet de l’aider pour ses articles et l’invite à participer à une conférence pour parler des harmonies et de son instrument (produit par Farfisa). Collabore pour un spectacle avec John Cage et Merce Cunnigham. Se produit en concert avec Tudor au Teatro Eliseo à Rome.

1960 : rencontre, grâce à Bazlen, Giacinta Del Gallo et Maurizio De Rosa, tout deux peintres. Leur amitié durera jusqu’à sa mort. Au printemps se rend à Palerme pour les Settimane internazionali di Nuova musica où elle joue quelques-unes de ses compositions. Passe un mois à Londres, chez John. S’inscrit de nouveau aux cours d’été à Darmstadt, mais un nouveau séjour en clinique l’empêche d’y participer. Période de dépression.

1961 : se consacre intensément au piano. Se rend de nouveau à Darmstadt. En littérature, l’italien commence à prendre le dessus. Nouveaux refus auprès d’éditeurs (dont Feltrinelli et Mondadori, qui lui demande une participation financière, ce qu’elle refuse).

1962 : après avoir vu Accattone, s’intéresse à Pasolini qu’elle rencontre chez Moravia, mais l’estime mutuelle reste limitée. Il lui consacrera cependant un article et la mettra en contact avec Garzanti. Concerts pour le PCI. Se rapproche des studios de musique de la RAI à Milan, avec une possibilité d’aide financière. Participe au Pinocchio de Carmelo Bene qui la bouleverse. Collabore avec Bruno Maderna qui l’encourage dans ses recherches sur la musique électronique. Elle se produit deux fois avec Sylvano Bussotti dans une galerie, place d’Espagne, et collabore de nouveau avec Carmelo Bene pour Spettacolo-concerto Majakovskij. En août séjour en Angleterre pour le Darlington Music Festival et en septembre à Varsovie. En octobre, entre en clinique pour subir d’autres électrochocs qui provoquent une perte de mémoire.

1963 : contacts infructueux avec l’édition française (avec Guillaume Chpaltine pour « Les Lettres Nouvelles » de Maurice Nadeau). En septembre, paraissent sur Il Menabò 24 poèmes suivis de la notice de Pasolini. Publication en revue de La libellula (frammento) en juin. En octobre, participe à Palerme à la première réunion du Gruppo 63 et à la quatrième Settimana Internazionale Nuova Musica. Revoie Nono, Stockhausen, Berio, Bussotti. À Rome, collabore de nouveau avec Carmelo Bene.

1964 : Adolfo Chiesa publie sur Paese Sera un portrait d’Amelia Rosselli avec des bribes d’interviews. Séjour en clinique. Article de Marco Forti dans le Corriere della Sera. En avril paraît son premier recueil : Variazioni belliche. Peu d’échos dans la presse. Paraissent le même mois huit poèmes intitulés Serie Ospedaliera, première mention du titre de ce recueil, dans le revue Le Leader. En novembre, participe à la seconde réunion du Gruppo 63 à Reggio Emilia, qui donnera 5 poesie per una poetica. Lit Pouchkine, Rousseau, Heidegger, Husserl. Compose la bande sonore d’un documentaire.

1965 : reçoit une bourse du gouvernement pour son œuvre littéraire, et un projet de loi est présenté pour lui fournir une pension. Ses conditions économiques sont difficiles, et elle loue une chambre de son appartement, souvent à des étrangers. Fin juin, mort d’Ernst Bernhard, et en août de Bazlen. À la recherche d’une situation économique plus stable, elle entre en contact avec Fabio Mauri qui lui permet d’obtenir un poste de consultant éditorial pour la littérature, la musique et les essais chez Bompiani. Continue l’étude du piano et retourne à la Settimana Internazionale Nuova Musica de Palerme. En juillet, sur Il Menabò paraissent 15 poèmes de Serie Ospedaliera qu’elle continue à prépare. Travaille à Sleep pour lequel elle commence à chercher un éditeur en Angleterre, sans succès. Lit Charles Olson, Emily Dickinson, D’Annunzio. Sur Marcatrè, revue liée à l’avant-garde, paraît Musica e pittura, dibattito su Doriazio. À cette époque, la réflexion sur un langage universel, marqué par un mysticisme platonicien, revient avec insistance. Recherches sur la lumière et les couleurs. Envoie Serie Ospedaliera à Pasolini puis à Garzanti. Décide de se consacrer à la littérature.

1966 : mort de Vittorini qui a publié le premier des poèmes de la Rosselli. Vie mondaine et festive. Loue une chambre au poète Dario Bellezza, avec qui elle entretiendra une amitié ambiguë, marquée par la jalousie (Bellezza ramène de nombreux amants). Bellezza lui dédicacera son premier recueil Invettive e Licenze (1971). Il mourra à peine trois semaines après elle, du sida. Rencontre grâce à lui les écrivains de l’association Beat 72 : Renzo Paris, Biancamaria Frabotta, Giorgio Manacorda, etc. Étudie les mathématiques pures, le dessin, l’acoustique, la composition, et reprend l’équitation. Découvre l’œuvre de Lorenzo Calogero, à qui elle s’identifie. En février sort sur Nuovi Argomenti, dans une nouvelle version, La Libellula. Écrit et détruit frénétiquement. En juin participe à la quatrième rencontre du Gruppo 63 à La Spezia, qui la déçoit quoiqu’elle y noue de nouvelles amitiés. Entretient une relation sentimentale troublée avec Renato Guttuso. Séjour en clinique, vacances à Sperlonga avec Giacinto Del Gallo et Maurizio De Rosa, où elle écrit les premiers poèmes qui constitueront Documento. A quelques contacts en Angleterre pour Sleep sur lequel elle travaille toujours. Les soucis financiers reviennent : les rapports avec Mauri se dégradent et elle cherche sans succès un travail chez Einaudi et Licorno. Publie des articles sur Breton et Pasternak dans Avanti!.

1967 : en avril paraissent 19 poésies intitulées da Documento. Comme Garzanti tarde à publier Serie Ospedaliera, Rosselli cherche un autre éditeur. Le 14 juillet, sur Paese Sera avec qui elle collaborera jusqu’en 1978, sort un article sur le Surmâle de Jarry. Fait une lecture au Teatro del Porcospino à Rome avec Pasolini, Porta et Dacia Maraini. L’événement lui apporte beaucoup et elle décide de la renouveler à la Free Poetry Session du Dioniso Club avec Elio Pagliarani, Patrizia Vicinelli, Valentino Zeichen.

1968 : ne participe pas en personne aux événements de mai 68. Après les échauffourées entre étudiants et policiers Vialle Giulia, se retire à Camagnano, chez Ferruccio Nuzzo, musicologue, mathématicien et interprète de Matteo dans le film de Pasolini. Lit Marcuse, sympathise avec de jeunes militants, dont le futur réalisateur Gianfranco Fiore Donati. Continue à travailler à Documento. Publie des poèmes et des textes dans Fiera letteraria et le Caffè letterario. Passe le mois d’août avec Guttuso dans le nord de l’Italie. En automne travaille sur la réédition des œuvres complètes de Sandro Penna. Le 8 novembre, elle rédige Diario Ottuso qui est le début d’un roman qui ne verra jamais le jour. Ottavio Cecchi, à la fin de l’année, lui propose de présenter régulièrement dans L’Unità des revues anglaises et françaises de littérature, politique et sociologie.

1969 : les troubles mentaux s’aggravent, elle se sent persécutée par des voix produites par la CIA, comme elle le racconte dans Storia di una malattia (1977). En été sort Serie Ospedaliera chez Il Saggiatore, qui remporte le prix Argentario. Après les attentats de piazza Fontana à Milan (12 décembre 1969) et ceux qui suivirent à Milan et Rome, la paranoïa empire.

1970 : Garzanti publie Tutte le poesie de Penna, dont la Rosselli rend compte dans L’Unità. Commence une cure de type holiste avec Marcello Nardini, notamment pour soigner un début de Parkinson. Mais les crises paranoïaques continuent.

1971-2 : rompt avec Moravia, Bellezza (devenu rédacteur de Nuovi Argomenti) et Pasolini (avec qui elle reprendra contact l’année suivante) ; se lie avec Yuri Maraini, sœur de Dacia, et Elio Pecora, travaille toujours à Documento. Écrit un article sur Sanguinetti, donne des cours de poésie au Teatro femminista della Maddalena, fondé par Dacia Maraini.

1973 : fin de la rédaction de Documento qu’elle imagine être son cinquième et dernier livre. Mais après un tri sévère qui donne naissance à Appunti Sparsi e Persi (publié en 1977), elle renonce à l’idée d’une série close d’œuvres.

1974 : vacances à Maltes avec des amis, puis avec John et sa femme à Pistoia. Malgré les gênes économiques, elle refuse de toucher les pensions de guerre qui lui sont proposées. Écrit peu, et sans enthousiasme. En décembre paraissent 15 poésies de Documento dans Periodo Ipotetico.

1975 : renoue avec Garzanti et Nuovi Argomenti pour qui elle traduit des auteurs américains, dont Sylvia Plath. Travaillera pour la RAI à une série d’émissions sur la poésie américaine autre que la celle de la Beat Generation. Quitte l’organisation du PCI. Le 2 novembre Pasolini est assassiné.

1976-7 : passe le mois de février et de mars en Angleterre, pour fuir Rome et l’Italie. En avril paraît Documento chez Garzanti, qui est sélectionné pour le prix Giosuè Carducci. En mars, vend l’appartement de Rome et en achète un à Londres où elle vivra jusqu’à l’été 1977. Dès son arrivée, elle est persécutée par les voix et décide de suivre un traitement aux électrochocs pendant deux mois dans un hôpital psychiatrique de Londres. Pense au suicide. Revient à Rome au printemps 77 pour recevoir un prix créé par Elio Pecora spécialement pour elle, et décide de se réinstaller dans la capitale pendant l’été. Les jeunes poètes de l’école de Pagliarini lui dédie le premier numéro de leur revue, Le tigre in corridoio. Se lie d’amitié avec la poétesse Jolanda Insana. Reprend les études musicales et ethonomusicologiques. Après une période de calme, avec le retour des attentats reviennent les voix. Sur Nuovi Argomenti, publie Storia di una malattia.

1978 : elle apparaît dans le « Meridiano » Poeti italiani del Novecento de Pier Vincenzo Mengaldo, pour Mondadori ; elle y est la seule femme. Son activité éditoriale devient plus intense : elle publie de nombreux articles, notamment sur Berryman et Plath. Elle participe également de plus en plus à des lectures publiques, dans toute l’Italie. En octobre fait partie de l’équipe fondatrice de la revue trimestrielle Tabula. Elle y fait publier de jeunes poètes : Alberto Toni, Biagio Cepollaro, Girolamo Di Costanzo, Gianni Rosati, Pietro Cimatti, Maria Attanasio.

1979 : elle publie October Elizabethans dans le second numéro de Tabula. Apparaît dans l’anthologie d’Antonio Porta, chez Feltrinelli, Poesia degli anni Settanta. Rome devient le centre de référence de la poésie d’avant-garde, et Amelia Rosselli publie beaucoup et participe à de nombreuses lectures publiques et à des festivals, dont le Primo Festival Internazionale dei Poeti où elle rencontre Evtušenko, Ginsberg, Burroughs, Jean-Pierre Faye, Gregory Corso, Amiri Baraka. Travaille à des projets de traduction et d’édition d’auteurs étrangers (Jean-Pierre Faye, Joyce, Iris Murdoch). Le 8 décembre, écrit d’un trait Impromptu.

1980 : dans des lectures publiques féministes, rencontre Rossana Ombres, Armanda Guiducci, Maria Attanasio, Maria Luisa Spaziani, Margherita Guidacci, Gabriella Sica, Biancamaria Frabotta. La revue Braci publie Dario Ottuso. L’attentat de Bologne la bouleverse profondément : pense s’établir en Hongrie. En été, voyage en Espagne. En septembre paraît Primi Scritti. À l’automne, sur Nuovi Argomenti est publié Impromptu, puis l’essai Istinto di morte e instito di piacere in Sylvia Plath.

1981 : la publication chez San Marco dei Giustiniani d’Impromptu lui offre une nouvelle notoriété. Pour l’ensemble de son œuvre, elle reçoit le prix Pier Paolo Pasolini le 27 février. Pour Primi Scritti, reçoit le prix Pozzale Luigi Russo à Empoli. En juin, elle est à Dubrovnik, en juillet à Venise.

1982 : pense de nouveau à vivre à Paris pour fuir les persécutions dont elle se dit victime. Y passe une semaine pour le congrès « Femmes et Culture en Italie » (14 juillet) où elle lit Impromptu qu’elle traduira, ainsi que d’autres poèmes, avec Jean-Pierre Faye et Jean-Charles Vegliante. Les événements politiques (la guerre des Malouines, l’invasion israélienne au Liban, la découverte de la loge maçonnique P2, etc) la touchent nerveusement : elle va jusqu’à demander la protection de l’ONU, pense de nouveau à partir en Hongrie, en Bulgarie ou en Algérie.

1983 : Après les élections de juin, contacte le consulat suisse pour demander l’asile politique. Confie Appunti Sparsi e Persi à AElia Laelia. Emmanuela Tandello la contacte pour une thèse sur la production trilingue : la collaboration aboutira à partir de 1988 à de nombreuses traductions et à la publication en 1992 de Sleep. Part dans le sud (les Pouilles, la Sicile) pour une série de lectures. En décembre, demande l’asile politique à la Russie.

1984 : obtient le prix Circe Sabaudia pour la poésie. Avec Primi scritti, est finaliste du prix Camaiore. Participe à plusieurs festivals, colloques et lectures, dont une rencontre en mai à Genova où elle lit des textes d’Ingeborg Bachmann. À Rotterdam, participe à un festival de poésie pour lequel elle traduit le chant V de l’Enfer en français et anglais. En France, présente la version française d’Impromptu. Court séjour en clinique à Sienne. Collabore à la traduction en anglais de poèmes de Raboni.

1985 : Lectures, rencontres. En avril, à Prato, clôture Accenti del vivere, un cycle de rencontres avec des poètes contemporains, par des poèmes d’Ingeborg Bachmann. En mai, passe une semaine à Paris pour suivre la compagnie Altroteatro qui met en scène ses textes. Giacinto Spagnoletti la contacte pour publier une anthologie de ses poèmes. Elle apparaît en grabataire lisant Pinocchio dans le film Blu cobalto de Donati. Reçoit le prix de la Culture du président du Conseil.

1986 : traduction de certains poèmes de Sleep et publication sur Nuovi Argomenti (mais la revue relègue le texte anglais en bas de page, ce qui déplaît à la poétesse). Nombreuses traductions, préfaces, articles, notamment pour gagner de l’argent. En mai, à Potenza, Ulderico Pesce récite La Libellula. À Florence, au IX Congrès international de la poésie (28 juin – 3 juillet), côtoie Borges, Ghiannis Ritsos, Ted Hugues.

1987 : songe à un voyage à Moscou, écrit qu’elle attend une intervention de Bush pour trouver une solution à son cas particulier. Sort Antologia poetica chez Garzanti. Sur I Verri est publié l’article Serie degli armonici dans sa forme définitive. En France, Vegliante fait paraître chez La Tour de Babel la traduction d’Impromptu. En août, en Sicile pour recevoir le prix Akesineide avec Bellezza, Beppe Costa, Dante Maffia, Maria Luisa Spaziani.

1988 : retourne en Sicile pour des lectures. À Rome donne un cours de métrique au Laboratorio di poesia de Pagliarani. Reçoit les prix Minerva et Chianciano (la cérémonie est retransmise à la RAI). En septembre, avec Gino Scartaghiande, réalise un voyage à Moscou (1): le rêve d’un asile politique semble prêt de s’accomplir, mais sa demande est retoquée. En hiver, de nouveau en Sicile.

1989 : Lectures en Italie. Paraît Sonno-Sleep (20 poèmes en édition bilingue), sous la direction d’Antonio Porta, chez San Marco dei Giustiniani, avec des dessins de Tornabuoni. Le jour même de la présentation publique du livre, Porta meurt d’un infarctus. Séjours dans le sud de la France, puis à Paris pour la réédition d’Impromptu. L’Université de Pavie conclut un accord pour acquérir les manuscrits de son œuvre littéraire.

1990 : sur la revue française Banana Split publie des poésies de Sleep en trois langues : Sonno-Sleep-Sommeil. Publication de toutes les proses réunies sous le titre Dario Ottuso (1954-1968) par l’Instituto Bibliografico Napoleone, avec une préface d’Alfonso Berardinelli.

1991 : accord avec Garzanti pour la publication de Sleep avec la traduction d’Emmanuela Tandello. En juillet accompagne Ulderico Pesce qui monte pour le théâtre des Beat 72, Dario Ottuso. En octobre, se rend à New York pour participer à un colloque sur la poésie italienne avec ses amis Luzi, Zanzotto, Volponi, Sanguineti. Reçoit des invitations pour des émissions radiophoniques et télévisuelles. Suit de près les éditions et les événements qui se rapportent aux frères Rosselli.

1992 : chez Garzanti, paraît Sleep. Passe deux semaines chez John à l’occasion de la présentation du livre à Londres. Obtient le prix Marotta à Naples. Au printemps participe au jury du prix Città di Recanati. Participe toujours avec assiduité à des rencontres et des lectures publiques.

1995 : l’éditeur Mancosu réédite Impromptu avec une cassette de poèmes lus par l’auteur. Édition augmentée de Variazioni Belliche par Plinio Perilli pour la Fondazione Piazzolla, avec la Notizia de Pasolini en introduction. Pour le premier numéro de La terra vista dalla luna Amelia Rosselli envoie sa dernière création publiée de son vivant Pavone / Prigione. Au Nuovo Teatro San Raffaele di Roma est mis en scène La Libellula par Ulderico Pesce avec une musique de Pasquale Laino. Le malêtre physique et mental se fait plus aigu, mais Rosselli continue de participer à des événements publics : jury de l’Antipremio Feronia qui récompense Giulia Niccolai, Rossana Rossanda et J.M. Coetzee.

1996 : réédition de Dario Ottuso par les éditions Empiria grâce à une collecte de Daniela Attanasio. Début février, retourne volontairement en clinique. Entre le 9 et le 10 février, menace plusieurs fois de se jeter de la terrasse de son appartement, mais les voisins parviennent à la dissuader. Le matin du 11, téléphone à Giacinta Del Gallo pour lui dire qu’elle va en finir. Giacinta accourt, mais il est trop tard, la poétesse s’est jetée dans le vide. Le soir, elle avait rendez-vous avec Bellezza et le lendemain, elle devait participer à une lecture sur Apollinaire. Elle venait de recevoir le prix San Valentino d’Oro. Les funérailles se déroulent à la Casa della Cultura, elle est enterrée au Cimetière acatholique de Rome.

Note

1. Sur ce voyage, voir l’article : http://golfedombre.blogspot.fr/2009/02/amelia-rosselli-in-urss.html

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *