Littératures

Amelia Rosselli

biographie (1) : 1930-1958

Carlo e Nello Rosselli avec leur mère

La plus grande partie des informations a été puisée dans la biographie du « Meridiano » publié chez Mondadori sous la direction de Stefano Giovannuzzi (de courts passages en ont été traduits).

1930 : naissance le 28 mars à Paris. La mère, Marion Cave, est née en 1896 en Angleterre, et Carlo Rosselli en 1899 à Rome. La famille s'est réfugiée en France l'été qui suivit la condamnation à l'exil du père pour ses activités antifascistes. Amelia est le deuxième enfant : John, le grand frère, est né en 1927. Pour la distinguer de la grand-mère Amelia Pincherle Rosselli, on la surnomme « Melina ».

1931 : naissance du petit frère, Andrea, après une grossesse difficile qui laisse la mère malade.

1935-6 : séjour d'Amelia et d'Andrea à Florence, chez la grand-mère.

1937 : le 27 mai, Carlo et Nello Rosselli sont victimes d'une embuscade à Bagnoles-de-l'Orne (où Carlo est en convalescence pour une blessure reçue pendant la guerre de 36 en Espagne) par des cagoulards français, vraisemblablement sur l'ordre du gouvernement italien. La grand-mère, venue en France, emmène Amelia et Andrea en Suisse rejoindre la famille de Nello. Marion, restée d'abord à Paris, avec John, part en Angleterre l'année suivante.

1939 : la Suisse refuse de renouveler les visas de la famille, qui s'exile en Angleterre, et se retrouve réunie à Quainton.

1940 : la mère revient en France avec ses enfants, à Nantes, accueillie par la femme de Louis Joxe (futur secrétaire général du Comité français de Libération Nationale). Une première attaque cardiaque la laisse en partie paralysée (elle perd l'usage d'une main et ne parlera plus qu'en anglais). Quand la France est envahie, Joxe organise le transfert des Rosselli en Angleterre, par l'Algérie. Mais la grand-mère, craignant un débarquement des armées allemandes, convainc la famille de partir aux États-Unis, où ils sont accueillis par Max Ascoli, professeur juif que Nello avait aidé à s'expatrier en 1931, et sa femme, des proches d'Eleanor Roosevelt. L'épouse du président leur obtient des visas.

1941 : la famille s'installe à Larchmont, près de New York. Amelia entre à la Mamaroneck Senior High School de Larchmont.

1943 : la directrice de l'école fait découvrir la musique à Amelia. Premiers signes de fragilité nerveuse qui inquiètent toute la famille.

1945 : la fin de la guerre se faisant sentir, la famille projette un retour en Italie, mais Marion est victime d'un second arrêt cardiaque.

1946-7 : en juillet, la famille arrive à Florence. Mais, dès septembre, Amelia repart en Angleterre pour finir ses études à la St. Paul's School pour filles à Londres. Elle s'y passionne pour la littérature, lit les classiques anglais : Donne, Hardy, D.H. Lawrence, Hopkins, Eliot et Joyce. Mais l'attrait pour la musique est le plus fort : elle commence à étudier le violon, le piano et la composition, ce qui déplait à Marion qui voudrait une carrière plus sûre pour sa fille.

1948 : Amelia finit ses études à la St. Paul's School et veut se dédier à la musique. Elle est soutenue par John, qui achève son doctorat à Cambridge. Vacances d'Amelia en Italie. La grand-mère lui fait rencontrer Luigi Dallapiccolla qui lui enseigne la composition.

1949 : fiançailles avec Mauro Misul, jeune diplômé d'histoire et admirateur de Carlo Rosselli. Le 13 octobre, mort de Marion à Londres. Amelia, qui se sent coupable envers elle, adopte son nom et signera pendant des années ses lettres privées ainsi que ses premiers articles « Marion ». Elle décide de rester en Italie, et grâce aux relations de la famille, elle est prise comme traductrice et dactylographe aux Edizioni di Communità d'Adriano Olivetti.

1950 : Amelia déménage à Rome, se retrouve dans le cercle des amis de son père, et commence à fréquenter son cousin Alberto Moravia, en froid avec le reste de la famille depuis l'assassinat de Carlo et Nello qu'il n'a pas condamné, proche alors du mouvement fasciste. Se lie d'amitié avec le peintre Giulia Battaglia, et suit des cours de composition avec Guido Turchi et Goffredo Petrassi. Se lie d'amitié avec Roman Vlad et Franco Evangilisti qui est un proche de Karlheinz Stockausen et de Luigi Nono. Premier article musical sur la revue Diapason. S'intéresse à l'ethnomusicologie. À Venise, elle rencontre Rocco Scotellaro avec qui elle lie une forte amitié. Il lui fait rencontrer ou revoir les amis de son père Manlio Rossi-Doria, Gaetano Salvemini et Carlo Levi et l'introduit dans l'intelligentsia romaine : elle rencontre Roberto Bazlen, Renato Guttuso, Giulio Turcato, Piero Dorazio. Les fiançailles avec Mauro Misul sont rompus. Elle commence une relation avec Carlo Levi, de presque trente ans son aîné, qu'elle admet elle-même être une figure paternelle.

1951 : séjours à Paris, chez les Joxe, pour ses recherches d'ethnomusicologie au Musée de l'Homme. Lit André Breton. En juillet, écrit My clothes to the Wind, texte le plus ancien repris dans Primi scritti (1980), où le souvenir de la mère tient une place considérable. Donne à lire ses premiers textes à Bazlen qui l'encourage, et lui conseille de régler ses problèmes personnels avant d'écrire : il lui fait connaître Ernst Bernhard, élève de Jung. Elle s'intéresse à la théosophie, l'alchimie, la chiromancie, et lit assidument le Yi-King.

1952 : suit les cours de Nicola Perrotti en vue de devenir psycho-analyste. Commence une analyse de huit mois avec Bernhard. Fin de la liaison avec Carlo Levi, début d'une relation avec Mario Tobino, de vingt ans son aîné, qui durera jusqu'en 1955. Continue à se faire appeler « Marion ». Lit Ezra Pound et Montale, qu'elle critique, et Campana qu'elle adore. Approfondit ses recherches sur la musique atonale et le dodécaphonisme. Conçoit et fait même réaliser des instruments de musiques. S'intéresse de plus en plus à la politique, proche des positions marxistes.

1953 : s'adonne au dessin (il en reste 99) et à la peinture, expose au printemps dans une galerie à Florence. Mais la musique occupe encore la majeure partie de son temps. Mort de Scotellaro qui marque le début d'une grave crise nerveuse.

1954 : premier électrochoc à la Villa Maria Pia, à Rome. Transfert au Sanatorium Bellevue de Kreuzlingen, sur le lac de Constance. Diagnostiquée « schizophrène paranoïaque ». Nouveau traumatisme, en décembre, avec la mort de la grand-mère.

1955 : en avril, dernière lettre à Mario Turbino, où elle le demande en mariage.

1956 : retour à Rome. Reprend ses recherches d'ethnomusicologie. Lecture de Miller, Prévert, Svevo, Lautréamont, Donne. Écrit en italien, en français (Le chinois à Rome), en anglais (October Elizabethans), et dans les trois langues en même temps (ce qui deviendra Diario in tre lingue).

1957 : nouvelles crises, nouvelle hospitalisation à la Villa Maria Pia. Bernhard conseille de l'envoyer en Angleterre, loin de l'Italie et de Rome. Le 11 juin, elle est transférée sous sédatif au Bethlem Royal Hospital, dans le Kent, puis à Coulsdon où elle est confiée à Rudolf Karl Freudenberg, spécialiste dans le traitement de la schizophrénie. Le 26 août, elle quitte volontairement la clinique et se rend chez John. En septembre, elle rentre en Italie. Étudie le piano, travaille à ses écrits en vue de les faire éditer.

1958 : année intense sur le plan musical et littéraire. Premiers poèmes de ce qui deviendra Variazioni belliche, qu'elle envoie à Einaudi (avec qui elle est en contact pour la réédition des œuvres du père) qui les refuse. Tente d'autres d'éditeurs en vain. Écrit intensément. Nouveau séjour en clinique pendant l'été. S'inscrit au Partito Comunista Italiano (PCI).