Nouvelles



Mucomachie

le Champignon est un cœur :
il bat, se débat
et bat la cervelle.
le Champignon divise et unifie
le Champignon lie et délie

et

des

vagues

de

tension détention

le Champignon vous détient
et vous êtes le Champignon
vous êtes l’essence du Champignon

rien n’est plus vrai
il n’y a rien de plus vrai
c’est la fin et c’est le début

*

l’évidence de la vie
et de la mort
(overdose, accident, maladie, vieillesse)

*

tout semble évident

*

vous êtes vous qui êtes tout
et rien, bien sûr

*

le Champignon est complet (il n'est rien d'autre que la vie)

*

le Champignon se fond à vous
vous incruste la moelle
le Champignon fond et métafond
le Champignon aspire l’homme
l’étire le confond au fond
il rend fou
le Champignon rend fou jusqu’à
l’apothéose

champignon divin

champignon céleste

(« si dieu existait, ce serait un champignon »)

champignon totem

le totem champignonesque

étiré de la terre au ciel

sculpté dans le magma et l’éther

plante porte

vol

viatique

vade mecum

rêve

vers l’au-delà

en dehors du phallus (qui transperce) et du con (qui aspire)
le Champignon veut l’amour

*

le Champignon est incompréhensible
il est suprême : et

qui sait ce qui est vu ?

qui sait ce qui est vu

en dehors de qui voit ?

ce qui a été vu ?

ce qui est visible
c’est-à-dire ce qu’il est possible de voir
ce que l’on peut voir
que personne d’autre ne pourra voir.

*

le Champignon est cœur.
A moins que ce ne soit l’inverse :

le cœur est (un) champignon.

*

le Champignon confond et métafond

l’inconscience à la conscience

le Champignon explose et brasse
(champignon nucléaire)

le Champignon libère l’énergie vitale
exalte cette énergie
qui fait battre le cœur
qui a fait que le cœur s’est mis un jour à battre
et que l’on sent à fleur de peau et qui fuse des moelles,
qui se lie de nouveau à l’énergie du monde entier,
et l’on participe, de nouveau, sans distance, à la course mystérieuse du cosmos.
L’on connaît le monde
l’on nait le monde

(sans question sans pourquoi sans comment)

*

la masse en métamorphose de l’imaginaire
la masse serrée dans un moule troué

*

interpréter les augures du Champignon

en mots :
« … dans le combat entre la vie et la mort,
c’est la mort qui finit toujours par gagner.

La nature, une fois mort,
n’est plus rien

comme nous à nous-même. »
ou :
« … la vie est une lutte d’éléments antagonistes.
La vie est le paradoxe. Le paradoxe est la vie.
Si on accepte, si on abandonne de vouloir s’imposer dans le monde, on meurt.
Si on ne veut plus combattre, on dépérit et on meurt.
La mort, c’est l’abandon. »
dixit le Champignon.

la mort est absolue ; la mort est l’absolu

On est à la crête écumeuse qui roule sur le néant.

Cycle de vie au noyau de néant.

*

le Champignon dilate et contracte
accélère et ralentit
accélère à mort
et ralentit.
si l’on y est, savoir qu’on peut en revenir
tout est possible
peut-être ne faut-il pas le perdre
le Champignon implore qu’on le garde
le cœur implore qu’on le garde
c’est le cœur
car le Champignon n’est rien d’autre que notre cœur
le Champignon est corps

, écoutilles et opercules béantes ;
est corps
en effusion

*

sous champignon
il y a des ruses mais pas de mensonges
tout est vrai rien n’est faux
il n’y a rien à comprendre
juste à agir

*

le Champignon tue le temps
linéaire, définitivement.

le Champignon, peut-être, tue

*

le Champignon est volonté

*

sommeil et passage de la conscience à l’inconscience

la vie est peut-être un puzzle interactif de symboles

toute pensée est déjà un symbole

ma jeunesse vaincra la funeste prédiction
du psychédélique Champignon

mon éthernelle jouvence

ma fontaine de jeunesse
vaincra

l’attaque, la mort, le temps

la bêtise même, ou l’insanité
l’échec l’abandon

(être fort de folie)

*

le Champignon révèle

si ce n’est une épreuve, c’est une initiation
ou

(faut-il encore le croire ?

c’est tellement vrai quand on y est !)
c’est l’événement

le moment

l’instant
et

la réalité

*

on peut
si l’on veut
trahir le Champignon
refuser les révélations
refuser les symboles
refuser la vie

la mort

l’apothéose

sous Champignon, tout est possible

*

le Champignon décolle la culture
et la parsème l’éparpille en cotillons

le Champignon annule les processus de croissance et de civilisation

*

Le Champignon cherche à annihiler l’intelligence pour remplir l’homme de la volonté en soi.
Plus de motifs,
plus de biais

*

formes et déformations
les ineffables couleurs

*

le Cyclique

le Rythmique Champignon

*

le Champignon n’est pas un Rêve
c’est la vie

écartelée jusqu’à la réversion

la cervelle ouverte où coulent

abondamment les pensées du monde

où se fondent

le médiat et l’immédiat

les médias et le quotidien

l’expérience et le savoir …
le Champignon est un Univers

c’est notre univers écorché

équarri
c’est un écorché
dont les moelles fulgurent
jusqu’à pulvériser le voile
qui recouvre pudiquement
l’infinie décomposition
de la réalité
(peut-être peut-on dire : « le cadavre de la réalité »)

le Champignon rehausse l’individualité d’universalité.
Quand les autres parlent, c’est ma pensée qu’ils disent.
(« Je suis l’Autre », « Je est un autre »)
je suis le monde
je fournis moi-même les falbalas qui encombrent la réalité

l’individualité en branle, chamboulée.
pas de distance, pas de scission, pas de médiation
tout vient se plaquer sur l’instant
dans une confusion qui se retire au profit de cet état nouveau de confusion avec le monde
j’aurais pu dire cela, je l’ai dit
j’aurais pu faire cela, je l’ai fait
j’aurais pu être cela, je le suis
et donc je suis tout

le Champignon fait de l’homme un macrocosme ;
le Champignon fait vivre le macrocosme à l’homme

*


le Champignon fourre la concoction inconscience-conscience dans l’apex
le revers du point universel de fuite
universel ou seulement humain

*

le Champignon dévoile la pourriture et les feux
cette pourriture qui est un feu
un combustible
renouvelable

des couches qui se recouvrent elles-mêmes
(et dont ma force autonome de création et d’auto-création
sous champignon, et même en dehors,
croit pouvoir s’expulser

s’extirper
se dégager

pour ne pas participer à cette rumination de merde

à cette manducation de vomito
régurgitation et dégurgitement

alternatifs)

le Champignon est pourriture et feux
et
la marmelade du cerveau mijote
se protéiforme

sans se fixer
quoique des idées fixes la rythment
cadencent ses phases de transformations
à partir d’un os-cœur

(personnellement : ma mort et mon apothéose)

le Champignon est corruptible
et vous êtes le champignon

*

le Champignon est corps
le Champignon est corps qui parle
corps qui crie
le Champignon comprend et peut dire

*

le Champignon, peut-être, brise les miroirs ;
il est hermétique et personnel ;
il fatigue de penser ;

le Champignon dérange

de l’extérieur on a l’air d’un fou d’un débile d’un allumé
c’est qu’on est illuminé
ou plutôt
c’est qu’on est l’illumination même

*

(le Champignon, bien sûr, est asocial
il accomplit l’homme au-delà d’autrui)

*

le Champignon n’a pas de limites
le Champignon est infini
et roule dans l’infini par cycles
il se répète
se retourne se renverse
revient
révolutionne comme un astre
et ce n’est jamais le même retour :
la répétition enfonce
incruste, triture

fouille farfouille et bave une bave phosphorescente
une sève intrinsèquement phosphorescente
une sève secrètement phosphorescente
de puissance

*

le Champignon dépose dans le cerveau une graine
si puissante qu’en germant elle menace de le faire éclater
(les yeux gonflent extraordinairement)

*

les sens se doublent d’un revers
et se diffusent de force
et diffusent leur force
l’exhalaison des sens

émanescence

le Champignon est une étoile qui s’étire en tout sens
par piques
le corps comprend les sens
connaît les sens
...
il méprise, il ignore les contradictions

ce sont les sens ouverts et étirés qui guident conduisent séduisent
introduisent
par une poussée fulgurante
dans la réalité immédiate
par une accélération incontrôlable
on vient se plaquer contre la réalité,
sur le film nerveux
qui constitue la réalité (mon expression fait encore défaut…),
il n’y a
plus d’écran
plus de distance
plus de lien
plus de pont
plus de miroir
plus de réflexion
plus d’échos
votre pensée est celle du monde

votre pensée est la réalité

elle se déverse par la bouche des autres
si la réalité est des gens qui parlent,
mais
si elle est la nature
votre pensée devient la nature

vous vivez dans la dimension même où les forces qui constituent la réalité soufflent
et vous sentez ces forces, vous vivez ces forces
avec un temps d’avance
vous êtes désormais hors du temps

le Champignon est un instant qui durerait, un nunc stans

le Champignon n’a pas de limite
tout est vrai rien n’est faux
(d’aucuns croient avoir vu Dieu
d’autres pensent que le Champignon est mystique
et si vous l’êtes, il l’est
il est vous et vice-versa : vous êtes lui !
si vous voulez un mystère, vous l’aurez
mais si vous n’en voulez pas, il n’y en aura pas)

*

le Champignon est corps qui crie ;
à la crête du cycle
aux faîtes de la défonce
il vous fait vivre Dieu, ou dieu, si vous le voulez
il peut peut-être vous rendre vous-même dieu si vous penchez au péché d’hybris
...
le Champignon, évidemment, tue le Champignon

il vous fait vivre l’absolu

il vous absout si vous le voulez
peut-être, pour tous, à son extrémité, il réunit et unifie

et tout est un et tout est tout, etc
et vous vous fondez pleinement à la création

(qui est une macération de merde ;
à laquelle je voulais, de toute façon, échapper)

et vous vivez la vie

jusqu’à la fin du trip

si ce n’est jusqu’à la mort

et si la mort ultime vous fond à la création (décomposition, perfection, etc)

vous vivez l’univers

sans ne plus pouvoir

sans ne plus vouloir redescendre

c’est pourquoi cet accomplissement

à son terme

de l’extérieur j’ai bien dit : de l’extérieur

est

peut-être
(car peut-être n’est-ce qu’une réminiscence en moi
d’une fantaisie de civilisation
ou une ultime élucubration)

votre mort.