Poèmes



Variations anthumes

extrait du recueil "La peau sur les os"

Nous réconcilier en silence de
Pont-Euxin, le fabuleux bos-
phore crêpé d'or et de voi-
le des femmes aux cor-
nes d'abondance d'Afrique
ou d'Arabie, nous marier
au lit d'une île illuminée
où le chanvre brûle la pensée
des siècles des hommes en
chilum comme pour se con-
cilier une mort paisible

*

c'est de chrome que tu aimes
la mort – mais secrète et gra-
tuite – comme un os
brisé soudain par la prise
martiale. la lame du soleil
en guillotine par la nuque
raidie, tu sens dans ta gorge
qui ne vibre pas le verre des-
cendu, la paille brûlée
en un peu de braise, de ce goût
braisé qui n'est d'autre rien

*

c'est de chrome que tu aimes
la mort – ou des nodules d'
une momie – toute cette pétri-
fication articulée du stylet
à la glyphe – des feuilles de
bronze, de métal de nickel
rien d'autre que l'élément
agrégé, que le segment
frappé sur l'enclume

*

Me réconcilier avec cette pensée
qui mourra avec moi cette
pensée de poussière à travers
les vignes et les livres, ce trousseau
sonore qui épuise ma pati-
ence qui exaspère mes
nerfs jusque dans le maximum
silence

*

tu trônes de bronze au plexus
ajouré tu déplies en déclic le
mécanisme des phalanges – gue-
rrier, soldatesque, tudesque,
les mercenaires de ta ruine
invoquée par les canaux de
larmes – sans fioriture, sans
apanage et bientôt marci

*

comme le soleil d'hiver au
solstice l'éblouissement de
lame dans l'œil de macadam
les lamelles de miroir sans re-
flect le vacarme aveu-
gle tout oui tout le beau mirage
beau mirage s'évanouira
dans le nihil de l'humus
dans le puits sans parole où
la matière ni morte ni amour

*

tu es morte hier, aujourd'hui je mourrai
à mon tour
la mort ménage le monde
la ronde
et les pleurs et les pleureuses et les croque-morts
municipaux
qui te suivaient me survivront
mourir
enfin mourir à mon tour
investir l'insensibilité
des inconnus

*

et
pourtant
il faudra la quitter
douce-amère
cette vie
passée
à caresser la terre et ta
chère chair
à t'écouter à te humer
toute chaude
du sommeil
ton sourire tendre de ta bouche
en allée

*

pendu à la lampe
s'allume
ton crâne

debout tabou
ret l'équilibre
l'équinoxe

de tes membres
sous cette forme
précise

et qui changera
à la bascule

*

apprendre la mort
par cœur par terre
par la racine

ses cheveux de ficus
d'Inde
mordent

ma verge