Introduction – De la célébrité à l’idole
Il n’est pas question d’étudier en quelques pages le phénomène social de la célébrité. D’autres s’en sont par ailleurs chargé1. L’enjeu est de convaincre, à partir d’une critique de la célébrité, de l’intérêt de disqualifier et d’abandonner le schéma traditionnel des idoles à admirer et à suivre.
Quelques précisions sémantiques. Célébrité renvoie au fait d’être célèbre, mais aussi à la personne célèbre. La célébrité est liée étymologiquement à l’espace public : « celeber », en latin, signifie « nombreux », surtout dans le contexte d’un lieu. « Le mot s’est employé notamment à propos des jours de fête religieuse attirant une grande affluence et, de là, par l’intermédiaire d’emplois du verbe (celebrare sacra, celebrare aliquid, aliquem), a développé le sens de ‘‘fameux, vanté’’, ‘‘illustre’’ »2. Il y a donc plusieurs degrés du phénomène qui induisent différents mécanismes : être connu, être célébré, être idolâtré.Idole appartient au vocabulaire religieux : c’est « une image représentant une divinité, adorée comme si elle était la divinité elle-même », elle est donc sacrée.Si la célébrité (la personne) est nécessairement vivante, l’idole, elle, est plus généralement une personne morte. Qualifier d’idole une célébrité relève de l’hyperbole : c’est une surenchère publicitaire (« l’idole des jeunes »). En revanche conférer le statut d’idole à une personne morte relève d’un processus social de sacralisation : c’est une transcendance qui fait passer un individu historiquement défini à une sphère prétendument supérieure, instaurant une hiérarchie sacrée. Le sacré interdit la critique, qui devient sacrilège, et la réprime. Car le sacré est censé légitimer les fondements sociaux (ce qui fait qu’une société peut assurer la survie des individus qui la constitue), alors qu’il légitime surtout les dominations au sein de la société.
De toutes les critiques qui seront formulées, la principale est donc la suivante : le phénomène de la célébrité appartient aux structures de domination et aux mécanismes de répression. Qui veut s’attaquer efficacement aux dominations et aux répressions doit s’attaquer aussi à la célébrité.
Malgré les révolutions, dans nos démocraties tronquées3, a perduré la structure pyramidale de la société. L’idée que la domination soit nécessaire au maintien de l’ordre social est si ancrée dans l’imaginaire collectif qu’il est la plupart du temps un impensé, qu’il appartient davantage à l’inconscient qu’à l’imaginaire. Il y a une logique coercitive intériorisée. Ce n’est plus (seulement) un maître ou une oligarchie qui légitime la domination, la domination est maintenue par les foules et les publics eux-mêmes. Le phénomène de la célébrité participe, au premier rang, à cette logique intériorisée de la coercition de toustes par toustes.
Cette intériorisation et cet inconscient produisent souvent des discours aberrants sur la domination. Alors que la domination est décriée dans ses différentes manifestations, elle semble pourtant aux yeux de beaucoup nécessaire au bon fonctionnement de la société. Comme s’il y avait une bonne domination et une mauvaise domination, une domination souhaitable, bénéfique (celle de l’État, de la Justice…) et une domination néfaste (celle des classes, du patriarcat, de la colonisation…). Or, toute domination est mauvaise.
Le paradigme de l’idole doit être abandonné, et par suite le phénomène de célébrité doit être déconstruit collectivement. Aucun modèle ne libère, ni individuellement ni collectivement. C’est le dépassement même de l’idéal d’idole, l’abandon du principe du modèle à suivre et à admirer, qui permettra une émancipation individuelle et collective, qui ouvrira à de plus nombreux possibles politiques.
I – En quête de gloire
Beaucoup de gens cherchent à devenir célèbres. Ou du moins, ils ont l’air nombreuxses à chercher à le devenir. Cette impression est sans doute un leurre : comme la célébrité consiste à faire parler de soi, l’espace public est saturé par le bruit de ces célébrités (politicien-nes, acteurices, musicien-nes, influenceurses…), alors que la plupart des gens préfèrent le calme et la paix. Et pour cause : on présente la célébrité comme un avantage, une aubaine, alors que c’est plutôt un poids et une aliénation.
Pourquoi vouloir devenir célèbre ? Il y a trois raisons principales : la mode ; l’argent ; la vanité.
La célébrité est tout d’abord une mode. Il faut devenir célèbre : c’est l’injonction capitaliste quand l’individu est devenu lui-même une marchandise. Comme tout le système marchand repose sur la création du besoin, il se nourrit de la promotion et de la célébrité elle-même. La célébrité est aujourd’hui un but en soi : elle est vide de contenu. Internet a permis de multiplier considérablement le nombre de gens célèbres. Le système capitaliste produit davantage de célébrités comme il produit davantage de téléphones, de livres, de bombes, de jouets, de pesticides : l’important est la quantité, peu importe la nature de la marchandise4. Mais, du coup, ces célébrités sont moins sacrées, moins sacralisées, et souvent éphémères (c’est le « quart d’heure de gloire » de Warhol). Les célébrités sont plus sujettes qu’avant encore à être renversées et traînées dans la boue. La Roue de la Fortune s’emballe. La vindicte populaire se tourne désormais plus brutalement contre des stars jusque-là adulées. À juste titre, on se méfie de plus en plus des célébrités.
Ensuite, le désir de célébrité est lié à un désir d’argent. Cela paraît un bon motif au premier abord, puisque la célébrité génère de la richesse. Mais c’est une erreur : d’autres moyens sont bien plus efficaces pour créer de la valeur et gagner de l’argent, et surtout bien moins dangereux. La richesse appelle la convoitise, la convoitise la malveillance, et la malveillance aboutit à des agressions en tous genres. Les riches le savent, et restent discrets. Pas seulement au quotidien, mais au long cours : les révolutions restent des phénomènes récurrents de l’Histoire, et elles consistent souvent en un lynchage de nanti-es en place (au profit de nanti-es sans place, mais cela est un autre sujet). Les riches en quête de célébrité apparaissent comme des marginaux dans leur milieu (Paris Hilton) et deviennent facilement des boucs émissaires.
Enfin et surtout, c’est par vanité qu’on recherche la célébrité et la gloire. Et qu’est-ce que la vanité ? Vanus, en latin, c’est ce qui est « creux ». La vanité, c’est s’appuyer sur du vide. C’est le fait de se prévaloir de qualités qui ne sont pas stables (qui passent), qui ne sont pas les fruits de nos efforts, et cela pour se faire valoir plus que les autres. C’est réclamer l’estime des autres pour une mauvaise raison. La vanité peut s’appuyer sur de nombreux facteurs : l’argent, la beauté, un talent quelconque, et donc aussi la célébrité elle-même.
« Et pourquoi pas ? », rétorquera-t-on.
Certes, pourquoi pas… Car c’est encore le meilleur motif pour devenir célèbre. Il est évident qu’on tire une satisfaction quotidienne directe, immédiate, à être célèbre : on nous acclame, on nous applaudit, on est sympathique avec nous a priori. On en tire donc un plaisir immédiat. En outre, des facilités s’ouvrent à nous : séduction, confort, attention. Il n’y a pas de justice dans la nature, et il faut mieux être beau que laid, riche que pauvre, sain que malade. Cruelles lapalissades. La mort nivelle tout le monde, mais comme personne n’est jamais revenu pour s’en plaindre ou s’en réjouir, et que personne n’a conscience d’être mort, tout cela n’a aucune importance. Tant que la vanité fonctionne, autant profiter de cette foire et de cette « grande Farce à mener par tous ». Mais la vanité ne se nourrit pas seulement de la célébrité, et c’est encore une fois un mauvais moyen de la satisfaire. Car la célébrité est mauvaise pour soi, mais aussi pour les autres, les gens qu’on fréquente autant que la société dans laquelle on vit, c’est-à-dire politiquement.
II – Critique de la célébrité
Une autre évidence : la célébrité posthume (ce qu’on appelle aussi la gloire) ne sert à rien. Mais il y a pire : la célébrité rend odieux.
1. Que la gloire posthume ne serve à rien, voilà qui aujourd’hui semble acquis. Il y a quelque chose de ridicule à vouloir inscrire son nom dans l’Histoire, puisque nous n’en profiterons pas. Si nous voulons l’inscrire dans l’Histoire, c’est de notre vivant, c’est-à-dire en sachant et en jouissant, de notre vivant, de l’inscription de notre nom dans l’Histoire. Puisque après notre mort, qu’importe ce qu’on dit ou ne dit pas ? Quelqu’un-e qui prêterait sérieusement de l’importance à une gloire dont iel ne pourra pas jouir est quelqu’un-e dont il faut se méfier : une telle bêtise alliée à une telle ambition ne peut produire qu’un comportement nuisible pour autrui.
La gloire posthume ne sert encore qu’aux vivant-es. Elle est même instrumentalisée par elleux. Souvent à des fins économiques (héritage, ayant-droits), parfois à des fins idéologiques (avec des lectures tous azimuts). Elle n’est en aucun cas un gage de qualité propre : elle répond à des critères circonstanciés.
Affirmer que la survivance ou l’oubli dans l’actualité culturelle d’un-e écrivain-e du passé prouve son talent ou sa nullité est fallacieux : cela présuppose que toutes les femmes jusqu’ici négligées l’auraient été, et le seraient encore, à juste titre. En aucun cas, la célébrité ni la renommée ne suffit à prouver une « vérité ».
2. Moralement, la célébrité rend odieux les gens qui en jouissent. Pourquoi ? Parce qu’elle se fait toujours au détriment d’autrui : la concurrence est rude, et il y aura toujours quelqu’un-e de meilleur-e que nous. Enfin, il y a quelque chose qui rend ou devrait rendre odieuses les personnes célèbres : politiquement, elles jouent le jeu du maintien de la domination des dominants5, ne serait-ce que par le simple fait de participer à la structure hiérarchique de la reconnaissance.
La célébrité se construit contre autrui, systémiquement.Toute célébrité se produit en effet dans un contexte de concurrence, qui donne lieu à des pratiques moralement condamnables. Car tout dispositif de concurrence est nocif. Il y a certes une stimulation et une émulation dans le jeu de la concurrence, mais on peut très bien stimuler et être stimulé sans concurrence. Surtout qu’en l’occurrence la concurrence n’est pas gratuite : la célébrité donne accès, dans le contexte capitaliste (généralisé, pour ne pas dire totalitaire), à des privilèges importants, notamment l’argent, qui est un des pires générateurs de conflits. Même la plus vertueuse des personnes sera tentée par des bassesses pour ne pas se faire prendre sa place. Ces bassesses peuvent être anodines, et même passives, mais elles sont souvent très actives. Elles devraient suffire à nous prévenir contre toute admiration. Mais ce n’est pas le cas. Alors que nous devrions ressentir plus de fascination pour quelqu’un qui s’adonne au bien que pour quelqu’un qui s’adonne au mal (le mal est commun, le bien est exceptionnel), nous sommes généralement plus fasciné-es par le mal (serial killers, dictateurs…). Au moins deux raisons à cela. La première, la plus convaincante peut-être, est médiatique : on nous abreuve de « mal » pour nous détourner des méfaits quotidiens qui devraient nous apparaître insupportables (violence de la police, corruption des dirigeants, scandale des guerres). En nous habituant au paroxysme, nous sommes non seulement émoussé-es (voire anesthésié-es) devant la banalité du mal, pourtant inadmissible, mais, par la couverture médiatique même, le mal nous semble avoir de la valeur. La deuxième raison, moins convaincante sans doute, est psychophysiologique : un penchant « inhumain » est peut-être très humain. Nous construisons symboliquement notre humanité par rapport à ce qui ne serait pas humain, c’est-à-dire à ce que nous définissons comme « inhumain ». Cette « inhumanité » peut s’activer en chacun-e dans certaines conditions (psychologiques, familiales, politiques). Admettre chez autrui cette « inhumanité » ne peut manquer de fasciner : qu’est-ce qui fait que cette personne soit un « monstre » et pas moi ? On va jusqu’à se faire peur : est-ce que je pourrais l’être ? On balaye l’idée : « non, je ne pourrais jamais faire cela ! » On rit. Le mal nous indigne, nous interroge, parfois nous fascine par son énormité, et c’est pour cela que nous le scrutons. On n’oublie qu’il est facile d’y glisser. Le bien, d’une certaine manière, est tellement éloigné de nous que nous le considérons comme ennuyeux et sans intérêt. Qui peut s’intéresser à un sujet qui lui est complètement étranger ? Mais, à bien y réfléchir, le mal l’emporte sur le bien simplement parce qu’on en fait la promotion. Et les dominants, comme nous l’avons dit, ont un intérêt direct à cette promotion.
Les célébrités ne se révèlent vertueuses que dans les circonstances où leur privilège n’est pas remis en cause. Qu’il s’agisse d’un siège de député, d’un porte-feuille ministériel, ou simplement d’une place de candidature, qu’il s’agisse d’un rôle au cinéma, d’une présence dans une émission, alors on assiste aux plus abjectes combines. En politique, elles sont révélées à la faveur des intrigues et des concurrences ; dans le show-biz, elles ont tendance à être dissimulées. Mais elles sont également féroces dans tous les domaines de la célébrité.
Il faut ajouter à cela que, si nous avions connaissance ou conscience des atrocités commises par les gens qu’on adule, on n’adulerait plus personne. Prenons Léonard de Vinci, célébré comme un génie universel. D’abord, la plupart de ses inventions n’en sont pas, mais s’avèrent être des tentatives (par ailleurs toujours ratées) d’amélioration d’inventions précédentes (l’hélicoptère, le parachute, les tables anatomiques…). Mais qu’on regarde surtout un peu attentivement son parcours, et on sera affligé de toute la flagornerie étalée devant de petits roitelets, des chefs militaires sans pitié, des nobles sans foi ni loi, sinon celles de leur propre réussite. Un des plus importants mécènes de Léonard est Ludovic Sforza, brute de la pire engeance. Quand ce dernier finit ses jours à croupir dans une geôle française, que fait Léonard ? Il se vend à François Ier. Idem pour Michel-Ange : tantôt à flatter les Médicis, tantôt à servir la République. Ces deux artistes qu’on célèbre comme des génies sacrés, de grands humanistes, ont passé une bonne partie de leur temps à mettre au point des armes de guerre pour Léonard, des fortifications pour Michel-Ange, bref à aider à détruire la vie. Voilà ce que sont ces « grands hommes » : des girouettes politiques sans considération pour la vie humaine. Plus proches de nous, et sans évoquer Gandhi ou l’abbé Pierre, qu’on examine les opinions politiques d’un Clint Eastwood, les comptes en banque ou la morale phallocrate d’un David Lynch, les tâtonnements et les bassesses de la moindre starlette d’Internet, de la TV, de la radio, et on ne pourra que s’en détourner avec dégoût. Personne ne résiste à l’examen de conscience. La vertu publique est un mythe, et la célébrité est un outil de propagande, et de domination.
Personne n’est parfait. Et il se trouvera toujours quelqu’un-e d’inconnu-e de plus talentueuxse qu’une célébrité dans son domaine. Mais cela n’est pas accepté si facilement, et pour cause : la légitimité de la célébrité en est ébranlée. On prétend que la personne célèbre doit sa célébrité à une de ses qualités extraordinaires. On entend même dire : « c’est un-e génie ! » Or, il n’y a pas de génie. Le « génie » est un mythe et il faut en finir avec le mythe du génie.
Le génie est celui (on parle surtout d’hommes) qui a des qualités innées que n’a pas le commun des mortels. Mais le génie doit être connu, et surtout reconnu, pour être ainsi qualifié. Il est certain qu’on peut prétendre qu’un-e inconnu-e est un-e « génie », mais ce sera une figure de style, une hyperbole affective. « Génie » a valeur de statut officiel. Ou plutôt, c’est un titre plus ou moins formel qui n’aura de crédit que si la personne est déjà célèbre. Sans cela, le terme « génie » disqualifiera autant la personne qui l’émet que la personne qu’elle vise. Car le génie est proche de la sanctification : il est au-dessus de l’humanité. Or pour devenir « saint », il faut avoir validé toute la procédure de canonisation. Il en va de même pour le « génie », saint laïc. Ainsi, comme tout statut, on peut être illégitime à le porter, ou être légitime et ne pas le porter. Le terme de « génie » n’implique donc aucune réalité transcendante, il est juste une décoration honorifique.
Certes, il n’est pas question de nier le talent. Et encore moins le travail. Car c’est le travail qui permet d’avoir du talent, ou de transformer une facilité en ce qu’on appelle « génie ». Car il n’est pas question non plus de nier que certaines personnes aient des « facilités ». Mais ces facilités n’aboutissent jamais à rien sans un environnement qui les met en lumière et leur permet de s’épanouir. Ces « facilités » viennent même d’un héritage culturel. Bach est issu d’une famille de musiciens, et on sait à quel point le père de Mozart avait dressé son fils comme on dresse un caniche. Le père de Raphaël, peintre lui-même, écrivait aussi pour la cour splendide d’Urbino de beaux poèmes savants. Pascal Quignard est issu d’une famille de grammairiens : il est lié au célèbre Charles Bruneau (père de sa mère). Pour se convaincre de l’inanité de cette notion de « génie », il suffit de se renseigner un peu sérieusement sur les « génies ».
En revanche, l’éducation est fondamentale. Il n’y a pas de « génie » sans apprentissage. Même si cette éducation et cet apprentissage doivent se prolonger, selon la loi de l’héritage, sur plusieurs générations pour aboutir parfois à un « génie ». Sans apprentissage, rien n’est possible. Django Reinhardt (issu, du reste, d’une famille de musiciens) jouait sans arrêt. Nous voyons cependant que l’éducation permettra à n’importe quel-le enfant de devenir musicien-ne ou acteurice. Cette éducation peut être institutionnelle, elle peut être alternative ; on peut suivre des cours dans une académie ou être autodidacte. Peu importe : il y a toujours éducation et elle doit être adaptée le plus possible à l’individu pour être la plus efficace possible, c’est-à-dire pour permettre à l’individu de développer des savoir-faire (et des savoirs) précis, techniques, complexes.
Pour le dire autrement : les « facilités » (qu’on entend nommer « talent » ou « génie ») sont gâchées sans un environnement propice et sans travail, et cela arrive même bien plus souvent que de voir le travail et l’environnement rendre « géniales » des personnes sans facilités. Il faut en tout cas arrêter de croire qu’il y a des gens mieux que d’autres, qu’il y a des « aristocrates » ou des « princes » de naissance : il n’y a que des structures socio-politiques fastes ou néfastes.
III – Critique politique des idoles
Mais la pire critique qu’on doive émettre contre la célébrité, quoique ce soit sans doute la moins spectaculaire, est, comme souvent, la plus importante : c’est la critique politique. La célébrité alimente les pouvoirs de domination.
Un contre-argument vient tout de suite à l’esprit : s’il y a de mauvaises célébrités, il y en a aussi des bonnes. Si cette contradiction est venue à l’esprit, il faut relire ce qui a été écrit ci-dessus : il n’y a pas de célébrités moralement vertueuses.
Mais la célébrité est politiquement néfaste, car elle instaure une hiérarchie. En haut, les personnes connues (avec une hiérarchie entre elles), en bas, les personnes qui ne le sont pas. La célébrité confère une légitimité à un système vertical où certaines personnes auraient plus d’importance que d’autres.
Cette importance va jusqu’à l’absurdité : on voit des gens pleurer pour la mort d’une vieille star qui a passé sa vie à se gaver, à faire des films pourris, à vivre entre Saint-Tropez et Los Angeles, et on zappera avec ennui l’annonce de la mort d’hommes, femmes, enfants à quelques kilomètres de nos côtes.
La célébrité se construit sur l’habitude de l’autorité, qu’elle vient nourrir en retour. L’autorité, c’est le pouvoir de commander et d’être obéi. C’est la puissance d’un pouvoir. C’est sa puissance et sa légitimité. Or, qu’on se le dise, aucune légitimité n’est légitime : on crée la légitimité (c’est-à-dire « ce qui rend légitime ») par tout un tas de subterfuges qui se soutiennent et se maintiennent les uns les autres. Ces subterfuges sont plus ou moins grossiers : le système du vote, par exemple, semble plus solide que celui de la violence militaire (il ne l’est pas). Mais tout s’appuie sur des concepts qui n’ont rien en soi de plus solides que d’autres. C’est le poids dont on leste un concept qui fait sa plus grande validité comparé à un autre. Ce poids, c’est le temps (le temps et l’espace) qu’on passe à le développer, à le justifier, à le marteler. Si on voulait prendre un autre concept complètement différent, et même opposé, et le faire adopter, il suffirait d’y mettre les moyens. Ainsi, pendant des siècles, la monarchie passait pour être de droit divin et le meilleur système possible. Maintenant, la démocratie apparaît le meilleur système possible. Mais on voit que la tyrannie a ses adeptes. Et si on voulait même développer un fonctionnement issu de la pensée anarchiste, il suffirait de s’y mettre sérieusement. De la même façon la célébrité fonctionne sur la circulation d’une information (cette information est une personnalité) dans une population donnée. Plus l’information circule, plus elle semble valable : plus la personnalité fera l’objet d’une présence publique, c’est-à-dire que plus elle dominera l’espace informationnel, plus elle sera célèbre. Les milliardaires le savent très bien et achètent les médias.
Il y a aussi un reliquat paternaliste là-dedans : la célébrité est un repère d’autorité, pour ne pas dire « autoritaire »6. À la mort d’une célébrité, on pleure une figure prétendument tutélaire. Lutter contre le paternalisme demande de lutter contre la célébrité. Beaucoup de mouvements féministes l’ont compris bien avant nous. Et pour cela, il faut renverser l’imaginaire.
IV – Les vertus de l’éducation
Cette métamorphose passe par l’éducation. « Éduquer », qui renvoie d’abord au fait de « nourrir »7, peut avoir le sens de « conduire hors de » (ex-ducere). C’est donner et se donner les moyens de devenir autonome : « sortir de ». L’éducation est une transmission et/ou8 une acquisition de savoirs et de savoir-faire qui doivent permettre aux personnes de s’émanciper. Et pas seulement les enfants : à tous les âges nous apprenons, à tous les âges nous devons surtout travailler sur l’apprentissage lui-même. Car c’est certainement plus l’acquisition de méthodes d’apprentissage qui est primordiale pour devenir autonome, que le contenu lui-même. Cela permet de désacraliser le savoir au profit d’une plasticité des comportements et d’une adaptation plus pertinente aux situations concrètes.
Cet aspect de la question touche encore à des habitudes profondes puisque l’apprentissage se fait traditionnellement à partir de modèles à suivre (De viris illustribus). Même les personnes qui refusent l’éducation verticale prôneront, dans une contradiction dont elles n’ont pas toujours conscience, l’alternative d’autres modèles. Elles remettent en question le choix des modèles donnés à et par la société, elles remettent en question la légitimité des professeurs assermentés par l’État, mais en proposant d’autres modèles et d’autres professeurs, elles sacrifient encore au mythe d’une célébrité censée être plus vertueuse. Che Guevara plutôt que De Gaulle, Louise Michel plutôt que Jeanne d’Arc. Or aucun modèle n’est bon, puisqu’ils émergent tous du mécanisme de la célébrité, qui est nocif en soi. Plus qu’un modèle à suivre, il faut apprendre à dépasser les modèles.
Le mythe du Père Noël est, à ce titre comme à bien d’autres9, révélateur. Le rite de passage qui consiste à ne plus y croire, et qui fait que les enfants, plus ou moins fièrement, quittent ainsi l’enfance, permet de comprendre qu’on peut croire en toute sincérité à un mensonge faramineux, et même que la société contribuera pleinement à ce mensonge. Peut-être le mythe du Père Noël a-t-il une part de responsabilité dans la crise du complotisme de notre société. En tout cas, il n’est pas utilisé à bon escient par les parents, souvent les premiers éducateurices : au lieu d’en faire l’outil d’une désillusion positive, c’est-à-dire de l’apprentissage de la résilience, iels en font la preuve d’une nécessité de la croyance, et même une nostalgie de la Vérité que seule la foi pourrait sauver, ressusciter. On en est encore à la mélancolie (quasi une déréliction) de Walter Benjamin face à la Révolution industrielle qui assassina « l’aura » de l’œuvre d’art unique par la reproductibilité technique. Pourtant, c’est là un moyen, dans la société, de transformer la société. Ce serait un des rares leviers facile à actionner pour changer la donne.
La critique n’est cependant pas nouvelle : certaines personnes ont toujours su qu’il y a quelque chose de pourri au royaume de la célébrité. Les histoires pour enfants fourmillent de modèles minuscules. Ces modèles n’ont pas besoin d’être des artistes connu-es, des héros et des héroïnes célèbres, de « grands » personnages : les modèles peuvent être des quidam, devraient être des inconnu-es. Et même mieux : pas de modèles, mais des encouragements à créer, à créer par soi-même. Si seulement tout cela ne se perdait pas en route : le goût pour le dessin, pour l’écriture, pour la danse, pour le théâtre, bref pour toutes les formes de création, si elles ne sont pas poursuivies dans le cadre d’écoles institutionnelles, sont vite décrédibilisées, puis méprisées. On ne les retrouve qu’au moment de la retraite, de la vieillesse, tard, bien tard, et bien tristement méprisées (« les peintres du dimanche »).
En attendant cette réforme de l’éducation, ce qui compte hic et nunc n’est pas tant de changer de modèles, que d’apprendre à renverser les idoles. Le plus dur est de faire le deuil de ce qui nous a accompagné émotionnellement dans notre construction, dans notre jeunesse. Nous voyons parmi celleux qui pensent et vivent l’alternative politique cette propension encore à se doter d’idoles. L’exemple le plus flagrant est la musique : les pires tubes sont jugés parfois avec bienveillance parce qu’ils accompagnent un souvenir, marquent une époque précise de notre existence. C’est encore plus ardu quand il s’agit de groupes, de chanteurses qui ont accompagné nos premières émancipations, nos premières révoltes. Car ce sont bien souvent aussi, pour la plupart des gens, les dernières… Les Rolling Stones, les Sex Pistols ou les Clashs, les Bérus, Nirvana, Rage against The Machine, NTM (qui aurait dû s’appeler NTP), le gansta rap, ou même Colette Magny, Brel ou Brassens, ne sont que les prémices bien insuffisantes, et souvent sans suite, de l’émancipation. En rester là, et faire l’éloge de leur potentiel émancipateur dix, vingt ou trente ans plus tard, suffit à prouver un degré de soumission. Tous ces produits de l’industrie culturelle restent des marchandises, et participent autant que McDo, les stars du football ou les grands magnats, à l’oppression systémique des individus. Et il a plus de fierté à avoir adulé Britney Spears ou un Boys Band et à s’en être émancipé-e, que de continuer à tenter de sauver la force rebelle d’un Bob Marley, d’un Kurt Cobain ou même d’un Steve Albini. Sans parler du cinéma, ni même des grandes figures politiques : car aucune figure politique n’est à sauver.
V – Quelle politique ?
À cette aune, il est à envisager, non pas un horizon, mais un socle commun, qui est un socle politique. Car tout dépend de la politique que nous voulons : si nous jugeons que la hiérarchie, la domination, l’ordre coercitif sont des systèmes acceptables de société (c’est ce qui définit « la droite »), alors notre propos paraîtra inutile, ou servira de repoussoir. Si on préfère, par goût ou par réflexion, ne pas participer aux processus d’exclusion et de domination (autant qu’on puisse y échapper sans s’exclure soi-même de la société), alors on aura bénéfice à remettre en cause le phénomène social – c’est-à-dire politique – de la célébrité.
Il ne s’agit pas, en effet, de rejeter la société ou d’aller s’isoler au milieu de Nulle Part. Il s’agit bien au contraire de rendre l’espace public (celui qui appartient à tout le monde, celui qui est commun à tout le monde) plus viable et plus accueillant. On s’enrichit avec et parmi les autres. Sans que cela n’interdise la solitude, la marginalité ou même certaines formes d’aristocraties : je suis toujours heureux de savoir qu’il y a des gens meilleurs que moi en peinture, en musique, ou même dans leur sociabilité, je suis heureux de savoir qu’il y a des gens qui forment des cercles de circassiens ou des élites de joueurses d’échec ou de go. Du moment que ce n’est pas une élite économique qui force les gens à gâcher toujours plus d’années de leur vie à s’éreinter à une tâche ingrate ou absurde… Toute cette énergie dépensée à enfoncer les autres plutôt qu’à leur rendre le quotidien plus facile, à les massacrer dans des stratégies géopolitiques coloniales plutôt qu’à résoudre les conflits, à conquérir et à polluer jusqu’à la lune plutôt qu’à désindustrialiser la Terre, engage, pour peu qu’on y réfléchisse, à dépenser au moins une partie de la nôtre d’une manière plus efficace qu’à lire des livres militants de 400 pages (même très bons), regarder des vidéos de célébrités alternatives ou assister à leurs conférences interminables. Changer d’imaginaire, c’est changer de politique : abandonner les idoles, c’est permettre une nouvelle manière d’organiser la vie sociale. Fin des politiciens, fin des « grands hommes », fin des prophètes. Certes, on n’éteindra ni les haines personnelles ni les conflits internationaux, mais il est vérifié que, certaines circonstances réunies, il est possible de limiter les tragédies absurdes sur des territoires donnés. Car si les mêmes causes produisent les mêmes effets, revoir radicalement nos manières d’être, c’est-à-dire nos manières d’agir et de penser nos actions, pourra changer cet ordre des choses qui nous indigne. Changement lent, long, de génération en génération. Nous ne verrons pas le fruit (si la fleur en donne) de nos actions : la vie humaine est plus courte que la modification des mentalités. Mais il n’y a pas même de petit changement sans de déchirants efforts.
VI – La célébrité comme pur phénomène de communication
Cette dernière partie aurait pu ouvrir l’essai : la célébrité n’est qu’un phénomène physique (matériel) de communication qui dépend aussi des lois complexes de la probabilité. Peu importe, du reste, si nous en comprenons ou non les rouages mathématiques, ce qui compte est que la « célébrité » est dissociée de son contenu. En tant que jeu d’échos, de résonances et de répercussions dans un milieu social, la célébrité ne dépend que de la qualité de la diffusion et de la transmission de l’information, pas de l’information elle-même.
Les gens peuvent devenir célèbres quand ils ont une qualité propre, mais ils ne deviennent célèbres que pour une raison aléatoire : leur présence à un moment donné. Être né dans un monde industrialisé, capitaliste, qui permette la célébrité. Il y a donc, en toute logique, dissociation entre la diffusion d’un contenu et le contenu lui-même : la célébrité n’est qu’une question de circulation. Internet met en lumière ce processus : on peut devenir célèbre pour quelque chose de complètement banal : raconter sa vie, une blague, avoir trébuché en public, avoir poussé la chansonnette dans sa salle de bain, etc. Des quidams deviennent célèbres pour rien. De la même manière, des réalisations fondamentales peuvent rester inconnues, ou bornées à leur domaine stricte : c’est le cas pour nombre de trouvailles scientifiques. Un excellent livre restera confidentiel s’il ne fait pas l’objet d’une publicité agressive. Un-e mauvais-e chanteurse deviendra une star s’iel a une bonne équipe de communication. Les politiciens sont inaudibles si leurs conseils en communication ne bataillent pas auprès des médias. Chacun-e trouvera des exemples de la totale dissociation entre le contenu et la célébrité. Et c’est quand on prend conscience de ce phénomène, qu’on comprend aussi pourquoi il y a quelque chose d’embarrassant devant toutes les attitudes d’admiration envers les personnes célèbres : preuves de servilité et du règne d’un individualisme confiné : la célébrité célèbre avant tout l’individualisme capitaliste. Et cela seul suffirait à disqualifier le phénomène.
VII – La célébrité est une impasse
Certain-es s’en plaignent et se récrient : « iel est célèbre sans avoir rien accompli, on ne devrait célébrer que les génies, les gens qui le méritent ! » Mais cette indignation contre la société du spectacle, c’est-à-dire le capitalisme, a des accents réactionnaires malencontreux, en plus d’être totalement inopérante. Il faut aller chercher un peu plus loin. La célébrité, on l’a dit, n’est pas intolérable parce que les gens célèbres sont encore plus insupportables que les gens inconnus. Non, elle est intolérable parce qu’elle participe pleinement à un système de domination qui donne lieu à des actes intolérables (corruption, écrasement des minorités, abus de pouvoir, injustices systémiques). Et si elle participe à ces systèmes nuisibles, c’est justement qu’elle est creuse. Ne valant que pour elle-même, elle peut être utilisée à toutes les fins de domination. La célébrité est apodictique. C’est-à-dire qu’elle repose sur des principes qu’elle pose et légitime elle-même, et sur rien d’extérieur à elle. Elle se veut évidente, nécessaire, elle se veut sa propre preuve, sa propre nécessité. Comment se justifie la célébrité ? Non pas pour les qualités ou les défauts de la personne, mais par le fait même que la personne célèbre est devenue célèbre. Si on est célèbre, c’est qu’il y a forcément une raison, et finalement peu importe laquelle : la célébrité est la meilleure preuve que cette raison existe, qu’il doit y avoir une raison. Bien sûr, il n’y rien de moins évident que cette pseudo-évidence.
La célébrité est apodictique : elle se pose elle-même comme le principe qui la justifie. Elle est apodictique, et elle est aporétique : à la base, il n’y a rien, et on ne peut pas non plus la dépasser. C’est-à-dire qu’on ne peut pas l’utiliser contre elle-même, pour la renverser ou renverser le système auquel elle participe. Pour la renverser, il faut la renverser totalement. On dit faire table rase (tabula rasa), préférons : « renverser la table ». Garder son admiration pour des personnes célèbres, qu’on pense qu’elles le méritent ou non (mais le « mérite » est un mythe aussi à déconstruire), alimente le système de la célébrité, et par suite les systèmes de domination.
Conclusion : bref éloge du pragmatisme contre l’idéalisme
Il y a de la mauvaise foi, autant que de la sottise, chez les personnes qui critiquent les foules prosternées aux pieds des stars d’Internet, du sport ou de la musique, et qui vont elles-mêmes idolâtrer d’autres icônes qu’elles jugent plus honorables et plus légitimes. Ces personnes pensent que c’est la valeur des idoles qui compte : il y aurait une idolâtrie respectable et des idolâtries honteuses. Or c’est le cadre qu’il faut casser, et se révolutionner soi-même pour révolutionner la société. Il y aura donc toujours moins de niaiserie et plus de vérité dans l’attitude populaire que dans le mépris des foules, puisque la réalité politique est péremptoire, en plus d’être infiniment significative. Admettre et comprendre les situations pour juger de la validité d’une tactique, d’une action, est la clef : c’est rester pragmatique.
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Notes
1Notamment Antoine Lilti, L’Invention de la célébrité (Fayard, 2014 pour la première édition).
2Cette définition, comme la suivante, provient d’Alain Rey (dir.), Dictionnaire historique de la langue française (Le Robert).
3Le terme grec est repris, selon Alain Rey et son équipe, à la Révolution française, en 1791, pour s’opposer à « aristocratie ». Le pouvoir du peuple (mais il faudrait dire « des peuples », car le peuple n’est pas un tout unifié) ne serait effectif que si le pouvoir était géré en effet par le peuple. Or le peuple délègue actuellement son pouvoir par le truchement des élections. Seule la participation directe à l’« exécutif » serait une véritable jouissance du pouvoir. Il n’y aurait plus de hiérarchie, mais la nécessité d’une gestion horizontale, autrement dit d’une auto-gestion, fondée sur d’autres habitudes politiques.
4Anselm Jappe, Les aventures de la marchandise (Denoël 2003, La Découverte 2017).
5Au masculin, parce que la domination, dans la société patriarcale, est fondamentalement masculine. Nous gardons, comme règle grammaticale, le masculin plutôt que l’inclusivité quand il s’agira de renvoyer à des dominations patriarcales.
6Historiquement (même si ce propos n’a pas l’ambition de la rigueur historique), la célébrité semble s’inscrire dans la continuité de la monarchie, c’est-à-dire d’un point de vue anthropologique, dans cet autoritarisme et ce paternalisme. Il semblerait aussi, si l’on en croit les études réalisées, qu’elle s’est développée justement au moment où la monarchie, au siècle des Lumières, se voyait concurrencée par la bourgeoisie commerçante : un mélange d’éclatement et de multiplication des figures d’autorité, et de développement des moyens de communication de masse. On aimerait y voir le stade enfantin de l’humanité. Mais ce serait sacrifier à un optimisme sans fondement, en plus qu’à une téléologie tout aussi infondée. Il reste toujours éclairant de rappeler que l’humanité est très jeune (et qu’elle mourra, sans qu’on s’en attristerait, sans doute très jeune), si l’on songe qu’elle commence il y a 7 millions d’années, que l’homo sapiens n’est la seule race sur Terre que depuis 40 000 ans, qu’on fait commencer l’Histoire en -3500, et qu’en comparaison les dinosaures ont peuplé la planète pendant 165 millions d’années. Nous sommes encore historiquement si proches de l’Ancien Régime qu’il n’est pas étonnant que des habitudes profondes perdurent : on peut raisonnablement penser qu’elles changer, même si nous ne verrons pas ce changement.
7Alain Rey, Œuvre citée.
8L’exemple topique du Maître ignorant de Jacques Rancière démontre combien celui qui transmet se nourrit.
9Claude Lévi-Strauss, « Le supplice du Père Noël » (1951).
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