Sant’Agata dei Goti (Rome)

Cette église raffinée est séduisante. Elle est caractérisée par une esthétique baroque solide, aux forts volumes clairs, sans fioritures (notamment la façade de Francesco Ferrari).Ce qui peut plaire au goût moderne.

Son cloître (images) est un lieu charmant, plus classique que baroque : y sont mêlés le dépouillement de Borromini et la puissance massive du Bernin.

La décoration intérieure témoigne de l’œuvre d’un artiste peu célèbre, Paolo Gismondi (1612-85). Né à Pérouse, mort à Rome, il a été formé par Scaramuccia dans sa ville natale et, une fois à Rome, par Pietro da Cortona, dont il est un suiveur zélé. Il a obtenu ces commandes du cardinal Barberini, de la famille d’Urbain VIII Barberini, grâce à son maître. Ce sont des œuvres de jeunesse, jugées sévèrement.

L’érudit byzantin Janus Lascaris, un temps au service de Louis XII (fiche Wikipédia), y est enterré.

Sainte Agathe

Agathe de Catane est une martyre du IIIe siècle (morte vers 251). Selon la tradition, elle était une jeune noble sicilienne d’une grande beauté qui avait voué sa virginité à Dieu.

Ayant repoussé les avances du préfet romain Quintien, elle fut soumise à diverses tortures, la plus célèbre étant l’ablation de ses seins.

Elle est souvent représentée portant ses propres seins sur un plateau. Elle est la patronne des nourrices, des fondeurs de cloches et est invoquée contre les incendies et les maladies du sein.

Chronologie

Vers 476 : construite au Ve siècle par Flavius Ricimer (un général germain), elle était initialement dédiée au culte arien (une branche du christianisme jugée hérétique par la suite). C’était l’église de la communauté gothique de Rome. Elle a donc une origine hérétique.

593 : le pape Grégoire le Grand consacra l’édifice au rite catholique romain. Il choisit de la dédié à SainteAgathe, dont le culte était très populaire pour marquer le retour de l’église dans le giron de l’orthodoxie.

IX : restaurée par Léon III et Léon IV. Confiée aux bénédictins.

1633-5 : restructurée par Domenico Castelli pour les cardinaux Antonio et Francesco Barberini (le blason avec les trois abeilles et le chapeau de cardinal apparaît dans le cloître).

1836-1926 : Il a abrité le Collège irlandais pendant 90 ans dans le bâtiment adjacent de la Via Mazzarino. Actuellement dirigé par des moines irlandais.

Façade (c.1730) (image)

Francesco Ferrari (l’architecte 1703-44, pas le peintre).Sobriété. Profil légèrement concave, encadré de paires de piliers colossaux, subtilement animé par une délicate décoration de stuc. Cette structure témoigne du passage vers un baroque tardif plus rigoureux, où l’élégance du stuc compense la sévérité des volumes architecturaux, où, surtout, la clarté des volumes est privilégiée à l’ornementation excessive.

Médaillon avec sainte Agathe.

Contre-façade

Paolo Gismondi (1612-85), Fortitude (gauche), Humilité (droite). Œuvres de transition, marquant la première phase de décoration de l’église au XVIIe siècle. Œuvres de jeunesse, révélant encore des hésitations dans le rendu anatomique mais une forte influence de la plastique baroque du milieu du XVIIe siècle.

Carlo de Dominicis, Tombe du cardinal Carlo Bichi (1638-1718). Le monument est typique du baroque tardif romain, héritage des tombes du Bernin. Niche architecturée encadrée par deux pilastres. Arc supérieur décoré : oves (ovolo classique), caissons imitant une demi-coupole. Effet de petite abside funéraire intégrée au mur. Belle décoration sculpturale, avec des spiriti, un aigle.

Nef

Paolo Gismondi, six peintures sur l’histoire d’Agathe (1633-6). Ce cycle narratif comprend Sainte Agathe refuse les bijoux, Procès de sainte Agathe, Sainte Agathe en prison, Sainte Agathe au bûcher, Le martyr de sainte Agathe caractérisés par une recherche de profondeur spatiale jugée parfois encore hésitante, typique des débuts de l’artiste.

Ciboire (images)

Remonte au XIIe siècle. Il est constitué d’éléments décoratifs cosmatesques (XIIe–XIIIe siècle). L’ensemble visible aujourd’hui est en partie recomposé (assemblé en 1933 à partir de fragments médiévaux. Repose sur quatre colonnes en marbre (notamment pavonazzetto), surmonté d’un couronnement en forme de petit temple et écoré d’incrustations cosmatesques polychromes. Même famille que ceux de San Clemente ou Santa Maria in Cosmedin.

Orgue (images). XVII. Financé par le cardinal Carlo Bichi.

Anonyme, Dalle funéraire de Giovanni Lascaris (mort en 1535) avec inscription en grec byzantin tardif (dont parle déjà Paolo Giovio, qui en est peut-être l’auteur). Elle rappelle que la Grèce est sous domination ottomane depuis 1453. Typique de l’humanisme grec en exil : l’Italie comme refuge culturel, identité grecque affirmée malgré l’exil. Témoigne de la diaspora intellectuelle byzantine à Rome (la deuxième, après celle qui eut lieu lors des crises iconoclastes à partir du IXe siècle).

Ξένε, τὸν Λάσκαριν ἐνθάδε κεῖται ξένη γαῖα,
οὐ ξένην αἰτιάσας ὡς ἄγαν ἀλλοτρίαν·
εὗρεν γὰρ φιλίαν, καὶ λυπεῖται ὅτι πατρίς
οὐκέτι Ἕλλησιν ἐλευθέραν τύμβον ἔχει.

« Étranger, ici repose Lascaris en terre étrangère ;
il ne l’a pas accusée d’être trop étrangère.
Car il l’a trouvée accueillante, et il regrette seulement
que sa patrie n’offre plus aux Grecs un tombeau libre. »

Nef droite

Anonyme, Monument funéraire du cardinal Giovanni Francesco di Marco y Catalan (1771-1841).Le bas-relief, où Jésus est présenté au cardinal par la Vierge, est une référence aux bas-reliefs de la Renaissance, notamment à Donatello. Il faut noter l’inscription des figures latérales (Vierge et cardinal) dans l’arc.

Abside

Paolo Gismondi, Gloire d’Agathe + allégories. Gamme chromatique claire utilisée pour la voûte de l’abside, tentant d’imiter les ciels de Cortone. La voûte de l’abside tente d’imiter l’ouverture lumineuse des plafonds de Pierre de Cortone, bien que l’exécution technique des figures reste bidimensionnelle. « Ces œuvres ont donné une certaine réputation à Gismondi, malgré un langage pictural plein d’hésitations et de citations allant de Michel-Ange au Cavalier d’Arpin, bien qu’il prouve ici qu’il est encore un peintre novice et incertain quant à la forme, révélant, dans son style immature de Cortone, des limites évidentes dans la définition des visages, dans les esquisses de couleur et dans la construction de l’espace. » (Giovanna Mencarelli – Dizionario Biografico degli Italiani Treccani)

Transept gauche – Chapelle de la Vierge (image)

Aronne Del Vecchio, Gaspar Bertoni devant la Vierge (1991)

Anonyme XVII, Adoration des bergers, Annonciation, Assomption. Reliefs d’un classicisme raffiné, reflétant la persistance du goût pour la manière « douce » de François Duquesnoy dans la sculpture décorative romaine du milieu du XVIIe siècle. Ils se distinguent par la douceur des modelés et la retenue émotionnelle des figures, en contraste avec le dynamisme du courant berninien.

Angelo Fattinnanzi, Monument au cardinal Enrico Dante (1884-1967), titulaire de l’église. Monument moderne, sobre.

HEINRICUS S.R.E. CARDINALIS DANTE
DIACONUS S. AGATHAE GOTHORUM
A SACRIS PONTIFICIS MAXIMI CAEREMONIIS
MODERATOR PERITISSIMUS
SINCERA FIDE ET OBSEQUENTI ANIMO
DUODECIM SUMMIS PONTIFICIBUS
PIE AC SEDULO ADHESIT
NATUS ROMAE DIE V IULII AN. MDCCCLXXXIV
DENATUS DIE XXIV APRILIS AN. MCMLXVII

Enrico Dante, Cardinal de la Sainte Église Romaine
Diacre de Sainte-Agathe-des-Goths
Préfet des Cérémonies Pontificales
Modérateur très expert
Par une foi sincère et un esprit obéissant
À douze Souverains Pontifes
Il fut pieusement et assidûment attaché
Né à Rome le 5 juillet 1884
Décédé le 24 avril 1967

Crypte

Anonyme, Tombeau familial du cardinal Giacomo Antonelli (1806-1876), secrétaire de Pie X. Commandé lors des restaurations du XIXe.

Anonyme, Tombe du docteur Remotti. Plaque funéraire au sol. Mort en mission en Afrique. Rare cas de non-clerc enterré dans l’église.

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