Arthur Rimbaud et Germain Nouveau à Londres

Rimbaud passa un peu plus de temps à Londres qu’à Paris qu’il jugeait en comparaison « une petite ville de province ». Cela n’a pas changé aujourd’hui. Il aimait les « interminables docks » le long de la Tamise et le fog.

La Tamise plutôt que la Seine, c’est la moindre chose dans les merveilles dont Londres supplante Paris.

Ses séjours sont mal documentés.

On sait qu’il fréquentait assidûment la Bristish Library avec Verlaine, puis avec Germain Nouveau ;

qu’il écrivit les proses que Verlaine rassemblera sous le titre, très « blakien », Illuminations (dont certaines ont certainement été écrites avec Nouveau) ;

qu’il habita avec Verlaine au 8 Great College Street (now Royale College Street), où une petite plaque commémore le passage du ménage de mai à juillet 1973.

Le premier séjour en Angleterre débuta en septembre 1872, après un voyage en Belgique et une traversée jusqu’à Douvres. Le quartier de Soho regroupait les Communards en fuite. Robb prétend même que les deux poètes auraient participé à des discussions en présence de Marx (ce qui n’empêcha pas Rimbaud de devenir marchand d’armes – et sûrement d’esclaves – en Afrique, tandis que Verlaine devint un monarchiste réactionnaire catholique convaincu et virulent).

Ensemble, ils continuèrent à marcher beaucoup, dans la campagne alentour (qui n’existe plus), dans le quartier de Hampstead Heath, le long du métro qui se développait jusqu’aux Wapping docks dans le East End.

On pourra lire Rimbaud et l’Angleterre, de V.P. Underwood (1976).

Germain Nouveau à Londres

Mais ce qui m’intéresse plus, c’est le séjour de mars à juillet 1974 avec Germain Nouveau.

Ils habitèrent au 178 Stamford Street, Waterloo.

Les deux poètes se seraient rencontrés en mars 1974 à la terrasse du Tabourey, à Paris.

Germain était perdu dans le « bourbier littéraire » (Breton) et Rimbaud, décrié par ses pairs après ses affres avec Verlaine, cherchait à faire quelque chose.

Les deux hommes décident assez soudainement de partir pour Londres.

Germain n’aimera pas Londres.

Les deux n’ont pas un sou et donnent des cours de dessin et de français pour subsister.

Le 4 avril, ils s’inscrivent à la British Library Museum, et travaillent à ce qui deviendra Illuminations.

On n’en sait pas beaucoup plus.

Les deux hommes finissent par se brouiller (« Il ne devait rester qu’une ironie immonde »).

Peut-être dès le mois d’avril, puisque en mai Rimbaud a changé d’adresse (comme nous l’indique une annonce qu’il publie pour donner des cours – ou en prendre…).

Annonce d'Arthur Rimbaud à Londres

Alors que la mère de Rimbaud et sa sœur cadette, Vitalie, lui rendirent visite en juillet, après qu’il avait été hospitalisé en juin (pour quelle raison?), il n’habitait plus que tout seul dans une maison d’hôtes au 12 Argyll Square, King’s Cross. Rimbaud cherchait alors son premier métier.

Nouveau y retournera cependant avec Verlaine qui, comme son cadet, a dû être professeur pour subsister, assez mauvais l’un comme l’autre pour être tous les deux remerciés. Une légende veut même que, bien plus tard, en 1891, Germain Nouveau soit frappé en plein cours par sa première crise mystique qui lui vaudra quatre mois plus tard.

Du séjour avec Rimbaud, Nouveau a tiré ce poème :

Les Mendiants

Pendant qu’hésite encor ton pas sur la prairie,
Le pays s’est de ciel houleux enveloppé.
Tu cèdes, l’oeil levé vers la nuagerie,
À ce doux midi blême et plein d’osier coupé.

Nous avons tant suivi le mur de mousse grise
Qu’à la fin, à nos flancs qu’une douleur emplit,
Non moins bon que ton sein, tiède comme l’église,
Ce fossé s’est ouvert aussi sûr que le lit.

Dédoublement sans fin d’un typique fantôme,
Que l’or de ta prunelle était peuplé de rois !
Est-ce moi qui riais à travers ce royaume ?
Je tenais le martyre, ayant les bras en croix.

Le fleuve au loin, le ciel en deuil, l’eau de tes lèvres,
Immense trilogie amère aux coeurs noyés.
Un goût m’est revenu de nos plus forts genièvres,
Lorsque ta joue a lui, près des yeux dévoyés !

Et pourtant, oh ! pourtant, des seins de l’innocent
Et de nos doigts, sonnant, vers notre rêve éclos
Sur le ventre gentil comme un tambour qui chante,
Dianes aux désirs, et charger aux sanglots,

De ton attifement de boucles et de ganses,
Vieux Bébé, de tes cils essuyés simplement,
Et de vos piétés, et de vos manigances
Qui m’auraient bien pu rendre aussi chien que l’amant,

Il ne devait rester qu’une ironie immonde,
Une langueur des yeux détournés sans effort.
Quel bras, impitoyable aux Echappés du monde,
Te pousse à l’Est, pendant que je me sauve au Nord !

Note : C’est à James Campbell, écrivain et journaliste, apparemment Écossais et apparemment né en 1951, qu’on doit la plupart des informations que nous utilisons ici ou celles qui nous ont permis d’en trouver d’autres (on pourra consulter son très bel article publié dans The Guardian sur la présence des écrivains français à Londres que nous utilisons ailleurs encore).

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