Rome

Guide (en construction) des édifices de Rome, notamment des églises, pour des visites consacrées à l’histoire de l’art.

Liste des notices

– Sant’Agata dei Goti

– Sant’Agnese fuori le Mura

– Sant’Agnese in Agone

– Sant’Agostino in Campo Marzio

– Santi Ambrogio e Carlo al Corso

– Sant’Ambrogio della Massima

– Sant’Anastasia al Palatino

– Santi Andrea e Claudio dei Borgognoni

– Sant’Andrea delle Fratte

– Sant’Andrea al Quirinale

– Sant’Andrea della Valle

– Sant’Angelo in Pescheria (portique d’Octavie)

– Sant’Antonio dei Portoghesi

Sant’Apollinare alle Terme

– San Bartolomeo all’Isola

– San Biagio della Pagnotta / San Biagio degli Armeni (via Giulia)

– Santa Brigida (piazza Farnese)

– Château Saint-Ange

– Chiesa Nuova (Santa Maria in Vallicella)

– Santi Celso e Giuliano

– San Crisogono

– Santa Croce in Gerusalemme

– Santi Domenico e Sisto

– Sant’Eligio degli Orefici (via Giulia)

– Sant’Eustachio

– Santa Francesca Romana

– San Francesco a Ripa (Trastevere)

– Il Gesù / église du Gesù / Santissimo Nome di Gesù

– San Giacomo in Augusta

– San Giovanni della Pigna

– San Girolamo della Carità

– San Giuseppe a Capo le Case

– San Giuseppe dei Falegnami

– San Giuseppe alla Lungara

– San Lorenzo in Miranda

– Santa Margherita in Trastevere

– Santa Maria dell’Anima

– Santa Maria della Concezione dei Cappuccini (via Veneto)

– Santa Maria in Loreto (forum de Trajan)

Santa Maria in Monserrato

– Santa Maria in Trastevere

– Santa Maria in Trivio

– Santa Maria in Vallicella (Chiesa Nuova)

San Pietro in Vincoli (Saint-Pierre-aux-Liens)

– Santa Sabina (Palatin)

– San Silvestro al Quirinale

– San Stanislao dei Polacchi (via delle Botteghe oscure)

– Santissime Stimmate di San Francesco (Largo Argentina)

– Santissima Trinità degli Spagnoli (via dei Condotti)

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Simone de Beauvoir, La Force de l’âge (1960) – « Le bonheur de la randonnée » (I, 4)

Je montai dans un train, un matin, chargée d’un sac à dos qui contenait des vêtements, une couverture, un réveil, un Guide Bleu et un jeu de cartes Michelin. Je partis de La Chaise-Dieu et, pendant trois semaines, je marchai. J’évitais les routes, coupant au vif des prés et des bois, aspirée par tous les sommets, dévorant des yeux les panoramas, les lacs, les cascades, les secrets des clairières et des vallons. Je ne pensais à rien : j’allais, je regardais. Je portais tous mes biens sur mon dos, j’ignorais où je dormirais le soir, et la première étoile ne brisait pas mon aventure. J’aimais le repliement des corolles et du monde quand descend le crépuscule. (…)

Il y eut une nuit, en basse Ardèche, où l’air était si doux que je refusai de m’enfermer entre des murs. Je me couchai sur la mousse d’une châtaigneraie, mon sac sous la tête, mon réveil à mon chevet, et je dormis d’un trait jusqu’à l’aube. Quelle joie, en ouvrant les yeux, d’y recevoir le bleu du ciel ! Parfois, au réveil, je pressentais un orage : je reconnaissais, dans la verdure des arbres, cette odeur moite où la pluie s’annonce alors qu’aucune menace n’a encore effleuré le ciel. Je hâtais le pas, en proie déjà à cette agitation qui allait s’abattre sur le paysage tranquille. Odeurs, lumières et ombres, brises, ouragans se propageaient en ondes calmes ou brouillées dans mes veines, mes muscles, ma poitrine ; si bien qu’il me semblait que le bruit de mon sang, le grouillement de mes cellules, tout ce mystère en moi, la vie, je pouvais l’atteindre dans le charivari des cigales, dans les bourrasques qui échevelaient les arbres, dans le chuintement de la mousse sous mes pieds.

Gavée de chlorophylle et d’azur, j’avais plaisir à m’arrêter, dans des villes ou des villages, devant des pierres que l’homme avait ordonnées. La solitude ne me pesait jamais. Je m’étonnais inlassablement des choses et de ma présence ; cependant, la rigueur de mes plans changeait cette contingence en nécessité. Sans doute était-ce là le sens — informulé — de ma béatitude : ma liberté triomphante échappait au caprice, comme aussi aux entraves, puisque les résistances du monde, loin de me brimer, servaient de support et de matière à mes projets. Par mon vagabondage nonchalant, obstiné, je donnais une vérité à mon grand délire optimiste ; je goûtais le bonheur des dieux : j’étais moi-même le créateur des cadeaux qui me comblaient.

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Introduction

Extrait du deuxième tome des mémoires de Simone de Beauvoir.

Née en 1908 et morte en 1986, Simone de Beauvoir est philosophe, écrivaine, grande féministe, compagne du philosophe Jean-Paul Sartre avec qui elle a renouvelé le courant philosophique de l’« existentialisme » qui fait de l’individu le responsable de son destin par sa capacité à se confronter aux dominations politiques, aux contraintes sociales et à ses propres limites.

Dans La Force de l’âge, Simone de Beauvoir raconte ses premiers grands engagements, qui sont le fruit de ses prises de conscience. À travers la découverte de la nature, de la solitude et de la randonnée, Simone de Beauvoir découvre aussi la possibilité du bonheur concret et immédiat.

Idées principales :

– récit du plaisir de la marche

– l’aventure de la randonnée permet d’être libre

– se confronter à ses propres limites et aux contraintes extérieures est la recette du bonheur concret

Découpage : §1 : le voyage ; §2 : l’anecdote représentative ; §3 : la réflexion philosophique.

Problématique possible : « Dans quelle mesure le récit de cette randonnée devient la recette de l’expérience concrète et immédiate du bonheur ? »

Première partie : « Le voyage »

Le texte s’ouvre sur les préparatifs, l’aspect très matériel du voyage : moyen de transport, affaires. L’énumération est brève : les affaires sont peu nombreuses. On peut s’étonner du « réveil ». Deux éléments font référence à des objets communs, populaires, liés au voyage : le « Guide bleu » et les cartes « Michelin » (il s’agit des cartes pour se diriger, pas pour jouer).

La deuxième phrase, rapide, précise le lieu : « La Chaise-Dieu ». En Auvergne, au beau milieu de la campagne. Le passé simple de tout ce début de texte rajoute à cette rapidité, presque cette frénésie joyeuse de partir à l’aventure. Dès la phrase suivant on passe à l’imparfait, temps de la durée.

Car ce qui compte, ce n’est pas tellement les faits accessoires, mais les impressions liées au voyage, l’expérience concrète du voyage. La phrase s’allonge, le rythme devient plus ample, avec des propositions circonstancielles « coupant au vif…, aspirée par tous les sommets, dévorant des yeux… » Le rythme ternaire donne l’amplitude, presque de la solennité.

Mais ce rythme ample alterne avec un rythme plus nerveux qu’insufflent les énumérations. Celle déjà évoquée, et celles des lignes 4-5 : « les lacs , les cascades, les secrets des clairières et des vallons ». Après l’énumération des choses produites par l’homme, nous avons l’énumération des choses de la nature. Le décor est planté.

Simone de Beauvoir cherche la nature, loin de la civilisation : « j’évitais les routes ». Elle qui est une jeune intellectuelle, privilégie les sens à la réflexion : « je ne pensais à rien : j’allais, je regardais ». L’insouciance s’ajoute à cet abandon à la nature : « j’ignorais où je dormirais le soir ». Le conditionnel de cette complétive évoque cette insouciance. De même que la belle image « la première étoile ne brisait pas mon aventure. » Métaphore, presque une personnification : absence de peur.

C’est aussi la prise d’indépendance, le courage, la liberté. D’abord par cette absence de peur, qui est une prise d’assurance en soi, et par cette indépendance matérielle : « je portais tous mes biens sur mon dos » (l.5-6). Les « biens », ce sont ses affaires, ce sont aussi des « choses ».

Enfin, ce début de voyage qui commençait sur des indications très matérielles, aboutit à une évocation poétique. Le vocabulaire est noble : « corolles », « crépuscule ». Ces deux mots s’accordent par leur sonorité [k], [l] ; nous trouvons même un vers blanc, un alexandrin : « J’aimais le repliement / des corolles et du monde », et la descente du soir est un topos poétique. L’aventure est aussi une aventure de la création.

Deuxième partie : « l’anecdote représentative »

La valeur anecdotique est marquée par le retour du passé simple (brièveté de l’action) et par l’amorce impersonnelle « il y eut une nuit », renforcée par l’article indéfini : nous sommes dans le récit anecdotique. En fait, il y a plusieurs anecdotes dans ce paragraphe, mais elles ont toutes le même sens : au-delà des considérations générales, c’est analyser précisément un événement qui va révéler la signification de cette expérience : vivre le monde, être vivant, se sentir plus vivant.

S’ouvrir au monde (« je refusai de m’enfermer »). Importance des sensations : « air doux », « mousse » (/toucher) ; la vue (couleurs) ; odorat (l.13). Parties du corps : « tête » (l.9), « veines, muscles, poitrine », « pied » « sang », « cellules » : tout le corps extérieur et intérieur est en éveil, en émoi (« agitation »).

C’est une communion avec la nature : le corps et la nature fusionnent. Connaissance intime de la nature (« je pressentais un orage »). Ampleur du rythme de l’évocation : nouveau rythme ternaire, nouvelle accumulation des circonstancielles : « dans… » (l.16-17).

La profondeur de cette expérience se manifeste dans le mot magique « mystère ». Mais c’est un mystère révélé, vécu, matériel, fait de sensations : « charivari », « bourrasques », « chuintement ».

Troisième partie : « la réflexion philosophique »

Retour à la réflexion. Mais il ne s’agit plus de réflexion matérielle, mais d’une introspection philosophique. Le « je » omniprésent renvoie à une manière de penser le monde.

Après la nature, retour à la civilisation : « villes ou villages, devant des pierres que l’homme avait ordonnées. » La construction humaine (l’ordre) s’oppose au désordre de la nature (« charivari », « bourrasques »).

L’expérience se fait selon 3 critères : la solitude (qui permet l’expérience la plus totale), l’étonnement (« inlassablement » ; l’étonnement est proprement philosophique : c’est l’ouverture au monde, ne jamais croire que ce que l’on voit est normal), la « présence » (c’est-à-dire l’expérience physique, et non pas l’expérience à travers un écran ou un livre).

Mais il ne s’agit pas de s’abandonner au « désordre », mais de recréer un ordre. L’important est de décider de cet ordre, que cet ordre nouveau soit un ordre voulu et réfléchi, non pas le fruit du hasard (« contingent »), mais le fruit de la volonté (que soit « nécessaire »).

Simone de Beauvoir ne donne pas moins, dans ce texte, que la recette du « bonheur » : « béatitude ». Ne pas être esclave de ce qui nous arrive, mais accomplir des projets qu’on s’est donnés. Le vocabulaire de la soumission (« entraves », « résistances du monde », « brimer ») est renversé par celui de la philosophie : « liberté », « vérité ».

Le texte s’achève sur une apothéose, au sens propre : l’humain égale les dieux, puisqu’il est le créateur de sa vie. Le vocabulaire religieux (« délire », « dieux », « créateur ») reste cependant à échelle humaine, à la mesure de l’humain, de la personne : redondance du pronom personnel « je » sous la forme réfléchie « moi-même ». C’est l’humain au centre de l’univers.

Conclusion

Le récit court et rapide d’une randonnée permet à Simone de Beauvoir d’expliciter sa vision du monde : se confronter avec enthousiasme à ce monde permet d’être heureux ici et maintenant. C’est même dans cette confrontation que le bonheur réside. C’est l’affrontement même des difficultés qu’on trouve le bonheur. Et non pas dans la passivité d’un monde où tout serait offert.

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Fontenelle, Entretiens sur la pluralité des mondes (1686)

Auteur à cheval entre le XVIIe et le XVIIIe siècles : à la naissance du Siècle des Lumières.

Vulgarisation scientifique : il explique l’astronomie à une Marquise lors de soirées dans un parc.

« Faut-il chercher à tout savoir ? La science est-elle un plaisir ? »

Savoir rend le monde plus beau. La curiosité n’est pas un défaut, mais une qualité qui nous distingue des animaux.

Exemple : La métaphore de l’Opéra. Fontenelle compare la nature à un spectacle d’opéra. Le spectateur ignorant ne voit que les décors, tandis que le savant (le philosophe) cherche à voir les « cordages et les poulies » derrière la scène. Comprendre la mécanique n’enlève rien au plaisir, au contraire, cela satisfait davantage, donne plus de satisfaction.

Comprendre le monde rend plus heureux. Le personnage du « Philosophe » qui jouit du spectacle de l’univers depuis son jardin.

→ La connaissance n’est pas ennuyeuse (même si c’est difficile) mais peut être une source d’émerveillement.

« L’homme est-il le centre de l’univers ? Le progrès nous rend-il plus modestes ? »

La Terre n’est qu’une petite planète parmi d’autres. L’homme n’est pas le centre de la création.

Exemple : Les « peuples » qui vivraient sur la Lune auraient une autre logique que la nôtre, parce qu’ils seraient dans un autre environnement.

→ critique l’orgueil humain (l’anthropocentrisme). Apprendre, c’est accepter de remettre en cause nos convictions les plus profondes. Il faut se remettre en cause.

« La science doit-elle être accessible à tous ? Comment bien transmettre une idée ? »

On peut apprendre des choses sérieuses en s’amusant (« Plaire et instruire » est une phrase classique). Il refuse le jargon compliqué des savants.

Exemple : Le choix d’une femme (la Marquise) comme interlocutrice. À l’époque, les femmes n’avaient pas accès à l’éducation scientifique. En choisissant une femme intelligente et curieuse, Fontenelle prouve que la science appartient à tout le monde, pas seulement aux experts enfermés dans leurs bibliothèques. Il montre aussi que les femmes sont, bien évidemment, les égales des hommes.

→ défend l’idée que le savoir doit être démocratisé. Pour convaincre, il faut savoir séduire son auditoire par l’humour et la clarté.

« L’imagination aide-t-elle à comprendre le réel ? Faut-il se méfier de ses sens ? »

Nos sens nous trompent (nous croyons que le soleil tourne autour de la Terre), donc nous avons besoin de l’imagination pour concevoir ce que nous ne voyons pas.

Exemple : L’analogie des mondes invisibles. Fontenelle imagine que les étoiles sont d’autres soleils avec leurs propres systèmes. Il utilise des « fictions » (des histoires de voyages spatiaux imaginaires) pour faire comprendre des vérités astronomiques réelles.

→ la science et la fiction ne sont pas opposées. L’imagination est un outil qui permet de produire des hypothèses avant de les prouver.

« Doit-on toujours croire ce que les anciens ou les experts nous disent ? »

Fontenelle prône l’esprit critique. Il ne faut pas croire une chose simplement parce qu’elle est écrite dans de vieux livres (comme ceux d’Aristote).

Exemple : L’anecdote de « La dent d’or ». Fontenelle raconte qu’on a cru qu’un enfant avait une dent en or et que des savants ont écrit des livres entiers pour expliquer ce miracle. En vérifiant, on découvre que c’est une fausse dent.« Assurons-nous bien du fait avant que de nous inquiéter de la cause. »

→ montre l’importance de la vérification et de la démarche scientifique contre les « fake news » ou les idées reçues.

Autre idée : Se tromper fait partie du processus de découverte. Les théories anciennes (Ptolémée) qui ont été remplacées par Copernic.

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Exemple : « Pensez-vous que la connaissance scientifique doive être partagée par tous ? »

Fontenelle est un pionnier qui a voulu sortir la science des cabinets de savants.

Idée 1 (Fontenelle) : La connaissance libère l’esprit et combat les préjugés.

Exemple : La Marquise qui, grâce aux entretiens, n’a plus peur de l’immensité de l’espace.

Idée 2 (Fontenelle)

Idée 3 (Rousseau) : importance de l’éducation des enfants.

Idée 4 (personnelle) : avec des exemples modernes : émissions comme C’est pas sorcier, documentaires sur YouTube, musées des sciences, etc.

Idée 4(nuancer) : Mais pour être partagée, la science doit être simplifiée sans être déformée.

Exemple : Fontenelle utilise des comparaisons simples (comme les grains de sable ou les horloges) pour expliquer des concepts complexes.

Conclusion : oui, c’est cela apprendre, transmettre, philosopher : partager un savoir vérifié et solide.

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Fontenelle, Entretiens sur la pluralité des mondes (1686), extrait du Premier soir – Une philosophie mécaniste

Texte

Toute la philosophie, lui dis-je, n’est fondée que sur deux choses, sur ce qu’on a l’esprit curieux et les yeux mauvais ; car si vous aviez les yeux meilleurs que vous ne les avez, vous verriez bien si les étoiles sont des soleils qui éclairent autant de mondes, ou si elles n’en sont pas ; et si d’un autre côté vous étiez moins curieuse, vous ne vous soucieriez pas de le savoir, ce qui reviendrait au même ; mais on veut savoir plus qu’on ne voit, c’est là la difficulté. Encore, si ce qu’on voit, on le voyait bien, ce serait toujours autant de connu, mais on le voit tout autrement qu’il n’est. Ainsi les vrais philosophes passent leur vie à ne point croire ce qu’ils voient, et à tâcher de deviner ce qu’ils ne voient point, et cette condition n’est pas, ce me semble, trop à envier. Sur cela je me figure toujours que la nature est un grand spectacle qui ressemble à celui de l’opéra. Du lieu où vous êtes à l’opéra, vous ne voyez pas le théâtre tout à fait comme il est ; on a disposé les décorations et les machines, pour faire de loin un effet agréable, et on cache à votre vue ces roues et ces contrepoids qui font tous les mouvements. Aussi ne vous embarrassez vous guère de deviner comment tout cela joue. Il n’y a peut-être guère de machiniste caché dans le parterre, qui s’inquiète d’un vol qui lui aura paru extraordinaire et qui veut absolument démêler comment ce vol a été exécuté. Vous voyez bien que ce machiniste-là est assez fait comme les philosophes. Mais ce qui, à l’égard des philosophes, augmente la difficulté, c’est que dans les machines que la nature présente à nos yeux, les cordes sont parfaitement bien cachées, et elles le sont si bien qu’on a été longtemps à deviner ce qui causait les mouvements de l’univers. Car représentez-vous tous les sages à l’opéra, ces Pythagore, ces Platon, ces Aristote, et tous ces gens dont le nom fait aujourd’hui tant de bruit à nos oreilles ; supposons qu’ils voyaient le vol de Phaéton que les vents enlèvent, qu’ils ne pouvaient découvrir les cordes, et qu’ils ne savaient point comment le derrière du théâtre était disposé. L’un d’eux disait : C’est une certaine vertu secrète qui enlève Phaéton. L’autre, Phaéton est composé de certains nombres qui le font monter. L’autre, Phaéton a une certaine amitié pour le haut du théâtre ; il n’est point à son aise quand il n’y est pas. L’autre, Phaéton n’est pas fait pour voler, mais il aime mieux voler, que de laisser le haut du théâtre vide ; et cent autres rêveries que je m’étonne qui n’aient perdu de réputation toute l’Antiquité. À la fin Descartes, et quelques autres modernes sont venus, qui ont dit : Phaéton monte, parce qu’il est tiré par des cordes, et qu’un poids plus pesant que lui descend. Ainsi on ne croit plus qu’un corps se remue, s’il n’est tiré, ou plutôt poussé par un autre corps ; on ne croit plus qu’il monte ou qu’il descende, si ce n’est par l’effet d’un contrepoids ou d’un ressort ; et qui verrait la nature telle qu’elle est, ne verrait que le derrière du théâtre de l’opéra. À ce compte, dit la Marquise, la philosophie est devenue bien mécanique ? Si mécanique, répondis-je, que je crains qu’on en ait bientôt honte.

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[Introduction]

Ce texte, intitulé « une philosophie mécaniste », est extrait des Entretiens sur la pluralité des mondes écrits par Fontenelle et publiés en 1686. Fontenelle, qui a vécu près de cent ans entre le XVIIe et le XVIIIe siècles, est un véritable précurseur des Lumières, notamment grâce à cette œuvre où il s’évertue à vulgariser la théorie scientifique de l’héliocentrisme. Notre passage se situe dans le Premier soir et se veut un exposé clair et convaincant d’un philosophe à une marquise de la philosophie mécaniste

LECTURE

Il est possible de diviser ce texte en deux parties : …

Nous nous demanderons dans quelle mesure cette réflexion sur la philosophie permet à Fontenelle de diffuser l’idée du mécanisme.

[Première partie]

Le texte s’ouvre sur l’énoncé clair des origines de la philosophie. En effet, le philosophe expose dans une phrase courte l’explication de cette grande aventure humaine (citation). Il y a un effet de réduction ironique : toute la grandeur de la philosophie est ramenée à « deux choses » → dévalorisation (citer la négation restrictive). + effet dramatique : le déterminant absolu « toute » s’oppose aux « deux choses ». Un effet de chute est ménagé par l’incise : « lui dis-je » (suspens).

Les éléments (« l’esprit curieux » et « les yeux mauvais ») opposent deux plans : intellectuel et sensible, esprit et perception. S’ensuit une explication développée par un enchaînement d’hypothétiques conditionnelles (« si vous aviez… vous verriez ») → raisonnement déductif. Le savoir dépend d’une perception sensible juste, non d’une spéculation abstraite.

La deuxième hypothèse (« et si d’un autre côté vous étiez moins curieuse… ») est construite dans une structure parallèle à la première conditionnelle → symétrie syntaxique qui renforce l’argument.

Mais l’ironie est toujours présente : qu’on voie bien ou qu’on se désintéresse, le résultat est identique : l’homme reste dans l’ignorance. Cet ironie est appuyée par une équivalence (« ce qui reviendrait au même ») → anéantissement du sérieux de la recherche philosophique.

Pourtant le constat est là : l’humain est poussé par la curiosité et par ses limites biologiques : « mais on veut savoir plus qu’on ne voit, c’est là la difficulté ». Cette phrase brève contraste avec les longues périodes hypothétiques. Elle fonctionne comme un aphorisme, construite sur l’antithèse « savoir » et « voir ». Le rythme saccadé dramatise la formule.

Il y a une réflexion sur la déformation de perception : « Encore, si ce qu’on voit, on le voyait bien… ». Décalage irréductible entre réalité et apparence. Ce décalage est mis en lumière par le jeu de répétition (« on voit / on voyait / on le voit ») → c’est aussi insister sur la relativité de la perception.

Nouvelle ironie qui dénonce les « vrais philosophes » dont l’activité est réduite à une contradiction absurde, exprimée par deux infinitifs en antithèse (« ne point croire »/« tâcher de deviner »). Le lexique est péjoratif : « tâcher », « deviner » → le savoir semble incertain, fragile. La conclusion suit : « cette condition n’est pas trop à envier » → litote ironique qui ridiculise la philosophie.

Transition : après cette introduction générale, le philosophe fait appel à un exemple.

[Deuxième partie]

C’est la comparaison traditionnelle (surtout à l’âge baroque) du monde et du théâtre (ici l’opéra). Le philosophe veut par là ne pas s’arrêter à des explication abstraites et garder l’attention du lecteur, l’amuser par une comparaison qu’il connaît : le spectacle. Cette connivence est perceptible aussi à travers l’emploi du pronom de deuxième personne (« vous ») → le lecteur est directement impliqué.

+ Renforcement de l’idée que la perception humaine est conditionnée par des apparences trompeuses, comme un décor. « comme il est » s’oppose à « comme il paraît » → renvoie au thème central de l’illusion et de l’apparence. Le théâtre est l’allégorie de la condition humaine et du rôle des philosophes. On n’accède qu’à une illusion construite (« de loin un effet agréable »). Opposition spatiale : « de loin » / « caché » → même structure que « voir / ne pas voir » dans la première partie. Ce qui produit réellement l’effet est invisible, comme les lois de la nature.

Le jeu continue avec la comparaison du philosophe à un technicien. Le spectateur ordinaire se contente de l’illusion, sans curiosité. Seul le machiniste s’interroge, contrairement aux autres spectateurs → image du philosophe, non pas métaphysique ou en sage, mais en homme concret. Il y a même du ridicule dans cette recherche exagérée : « … qui s’inquiète d’un vol qui lui aura paru extraordinaire et qui veut absolument démêler comment ce vol a été exécuté » (relative au rythme lourd, mimant l’acharnement du machiniste/philosophe), lexique de l’obsession : « s’inquiète », « absolument », « démêler ». La distinction (« mais ») vient du niveau de complexité de la machinerie.

S’ensuit une parodie des philosophes antiques mise en scène dans le cadre de la métaphore théâtrale. On retrouve un mélange de rhétorique ironique, pastiche argumentatif et critique philosophique. « Car représentez-vous tous les sages à l’opéra, ces Pythagore, ces Platon, ces Aristote… » L’effet comique naît du décalage entre la grandeur de ces figures et le cadre trivial du théâtre. Le démonstratif « ces » est péjoratif et désacralise les grandes figures évoquées. L’effet comique vient aussi de l’imaginaire antique ramené à une simple illusion scénique : Phaéton, fils d’Hélios, célèbre pour sa chute → image grandiose, mais ici réduite à un « vol » de théâtre.

Dans une énumération, nous trouvons les différentes théories philosophiques antiques caricaturées : « vertu secrète » (Aristote), « nombres » (Pythagore), « amitié » (Platon), horreur du vide (Aristote). Le comique vient de la brièveté des explications, parfois absurdes ( « n’est pas fait pour voler / il aime mieux voler ». Style oratoire grotesque, qui dénonce l’incohérence des spéculations. L’ironie tourne au sarcasme avec l’expression hyperbolique « cent autres rêveries ». Le passage finit par une condamnation globale de l’Antiquité philosophique, réduite à une suite d’illusions et d’absurdités. Fontenelle s’inscrit dans le débat des Anciens et des Modernes.

Contre les erreurs de la philosophie antique, Fontenelle en appelle à Descartes. « à la fin » marque la rupture, et le progrès. Le mot de « moderne » apparaît, et Descartes en est le symbole. L’explication du vol de Phaéton devient claire : « Phaéton monte, parce qu’il est tiré par des cordes, et qu’un poids plus pesant que lui descend » : retour à la métaphore du théâtre, mais appliquée en termes rigoureux.

Suit un énoncé scientifique rigoureux, une loi générale : « Ainsi on ne croit plus qu’un corps se remue, s’il n’est tiré, ou plutôt poussé par un autre corps » : insistance sur la matérialité du mouvement (contact, causalité). Démythification du monde, explication physique et matérielle.

Après cet exposé, il y a un retour au dialogue, avec l’intervention de la Marquise. Question naïve qui souligne la déchéance de la philosophie. Voir « la vérité » revient à contempler l’envers du décor, c’est-à-dire quelque chose qui n’est pas magique, mais compréhensible selon des termes simples → réduction de la philosophie à une science des rouages, c’est-à-dire au mécanisme.

[Conclusion]

Fontenelle expose sa conception de la philosophie à partir d’une réflexion générale sur les origines du questionnement philosophique et les différentes théories philosophiques antiques, qu’il ridiculise. Il fait l’éloge de la philosophie cartésienne, rationnelle et mécaniste. Pour cela il utilise la comparaison avec l’opéra, faisant du monde un grand théâtre.

Cette manière de vouloir critiquer la métaphysique et les théories philosophiques compliquées se poursuit encore aujourd’hui avec [donner une référence personnelle : film, musique, livre, etc.]

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Santa Maria della Concezione dei Cappuccini

(Lien vers l’accueil du guide de Rome)

https://it.wikipedia.org/wiki/Chiesa_di_Santa_Maria_Immacolata_a_via_Veneto

https://commons.wikimedia.org/wiki/Category:Santa_Maria_Immacolata_a_via_Veneto_(Rome)

https://www.tripadvisor.it/Attraction_Review-g187791-d256340-Reviews-Santa_Maria_della_Concezione_dei_Cappuccini-Rome_Lazio.html

http://romapedia.blogspot.com/2019/03/st-mary-of-conception.html

Église des Capucins.

Les Capucins sont des religieux catholiques appartenant à une branche réformée de l’ordre fondé par François d’Assise. L’Ordre des Frères mineurs capucins, créé au XVIᵉ siècle en Italie, cherchait à revenir à une vie plus stricte de pauvreté, de prière et de prédication, fidèle à l’idéal franciscain. Les capucins sont reconnaissables à leur habit brun à capuche pointue (d’où leur nom, dérivé de capuccio, « capuche » en italien). Ils vivent en fraternités, mènent souvent une vie simple proche des populations et sont historiquement engagés dans la prédication, l’accompagnement spirituel et les missions.

L’église conserve de nombreuses œuvres célèbres (en tout premier lieu, le Saint Michel de Guido Reni) et des œuvres remarquables. Plusieurs tableaux sont l’œuvre de religieux peintres : cela interroge sur la vie et les conditions de travail de ces peintres très particuliers, qui ne sont pas soumis aux mêmes contraintes que les peintres de carrière.

Une particularité de l’église est le chœur qui, derrière l’autel, double la superficie de l’église, et semble en être une église cachée. De nombreuses œuvres prestigieuses y sont exposées.

1629-30 : Antonio Felice Casoni pour le cardinal Antonio Barberini, sur un terrain donné aux Capucins par son frère Urbain VIII qui déposa la première pierre (place commémorative) et célébra la première messe en 1630.

Toutes les œuvres qui précèdent ces dates proviennent d’autres lieux, notamment de l’ancienne église principale des Capucins.

1636 : consécration.

1886-90 : Avec l’ouverture de la Via Veneto entre 1886 et 1890, l’église perdit son ancien contexte suburbain.

« L’église offre un excellent aperçu des différents courants de la peinture de chevalet entre 1630 et 1640 : le classicisme bolonais ancien, proche du classicisme baroque de Sacchi, et le style élégant et hautain de la dernière période de Reni, proche des versions vigoureuses du baroque données par Lanfranco et Cortona » (Rudolf Wittkower).

1925-6 : recouvert partiellement de travertin + ouverture d’une fenêtre.

Extérieur

Façade (images): exemple remarquable d’architecture religieuse romaine marquée par l’idéal de sobriété capucin. Construite entre 1626 et 1631 pour l’ordre des Capucins, probablement d’après les plans de Michele da Bergamo et d’Antonio Casoni, elle présente une composition extrêmement dépouillée : un mur de brique nue rythmé par quelques éléments architectoniques en travertin. La façade est organisée sur deux niveaux horizontaux, séparés par un entablement discret. Au premier niveau s’ouvre un portail central unique surmonté d’un fronton triangulaire, affirmant l’axe de symétrie ; au second niveau, une grande fenêtre en plein cintre éclaire la nef et prolonge cet axe vertical. L’ordonnance est renforcée par des pilastres en travertin (ajoutés au début du XXᵉ siècle) qui structurent visuellement la surface plane du mur sans la surcharger. L’accès se fait par un dispositif scénographique particulier : un large escalier à doubles rampes conduisant à une terrasse surélevée, la façade étant perchée au-dessus d’un mur de soutènement lié au réaménagement de la rue au XIXᵉ siècle. Ce dispositif accentue l’effet de monumentalité malgré la modestie du décor. L’ensemble révèle une esthétique volontairement austère — brique apparente, décor minimal, hiérarchie claire des ouvertures — qui traduit architectoniquement la spiritualité franciscaine des Capucins, fondée sur la pauvreté et la simplicité plutôt que sur la magnificence baroque caractéristique de nombreuses églises romaines contemporaines.

Intérieur (images)

Liborio Coccetti, Assomption (1796) (voûte)

Nicola Mattonelli, décoration et peinture des voûtes des chapelles latérales.

Anonyme, Monument funéraire de Welmina Ciacolski (1846) (contre-façade)

Anonyme, statue de saint Pio de Pietrelcina (contre-façade)

Orgue (images)

Chaire (images)

Bénitier avec l’abeille Barberini (image)

1D – Chapelle de Saint Michel

Guido Reni, Saint Michel (c.1635). Il existe des centaines de copies de ce tableau. Hommage à Raphaël (le Saint Michel du Louvre). (cf bio)

Gerrit von Honthorst, Christ déridé (1612-3)

2D – Chapelle de la Transfiguration

Mario Balassi, Transfiguration (autel)

Fra’ Luigi da Crema, Saint Bernard de Corleone

à gauche, Giovanni Lanfranco, Nativité (c.1632)

3D – Chapelle de saint François

Les reliques du bienheureux Crispin de Viterbe étaient ici, mais depuis 1985, elles sont dans sa ville natale.

Domenichino, François reçoit les stigmates (autel) ; Mort du saint (g)

Selon Giovanni Pietro Bellori, la toile représentant saint François stigmatisé fut offerte par Domenichino lui-même en remerciement à saint François après sa guérison d’une grave maladie.

Fra’ Luigi da Crema, Théologiens conversent sur le saint Crispin

4D – Chapelle de Jésus au jardin des Oliviers

Baccio Ciarpi, Prières au jardin (c.1632)

Peter Herzog, Christ couronnant de sainte Veronica Giuliani (1839) (d)

Antonio Bisetti, Monument funéraire de Giovanni et Costanza Serafini (1855) (g)

5D – Chapelle de saint Antoine de Padoue

Andrea Sacchi, Saint Antoine (1635)

Pierre tombale du sculpteur Camillo Rusconi (1658-1728)

Droite de l’arc

Francesco Massimiliano Laboureur, Tombe de Johann Freiherr von Goess, cardinal de San Pietro in Montorio

Maître-autel (images)

Peut-être par Fra’ Michele da Bergamo avec du marbre de la basilique de Saint-Pierre

Gioacchino Bombelli, Immaculée Conception (1814), un an après la destruction du tableau du même sujet par Giovanni Lanfranco.

Terenzio Terenzi, Assomption (1578) (chœur)

Tombe du cardinal Antonio Barberini avec l’inscription : hic iacet puluis, cinis et nihil (« ici gisent la poussière, la cendre et le rien »)

Camillo Rusconi, Tombe d’Alessandro Sobieski, frère du roi de Pologne Jean III (1714) (g).

5G – Chapelle de saint Bonaventure

Sacchi, Apparition de la Vierge à Bonaventure avec une quadratura de Filippo Gagliardi.

Fra’ Raffaele da Roma, Saint Joseph de Leonessa (d)

Sebastiano Conca (attribution), Communion de Laurent de Brindisi (g)

4G – Chapelle de Notre-Dame-de-l’espoir

Autel du XIX

Pierre tombale de Gabriele Valvassori

3G – Chapelle de la Passion du Christ

Andrea Camassei, Déposition

Girolamo Muziano, Stigmates de François (1570) (g), provenant de l’église Santa Croce e Santa Bonaventure dei Lucchesi, ancien siège des Capucins. « Très expressif, il unit le paysage à l’événement biblique. L’effet est particulièrement saisissant sur le visage du saint, qui exprime une émotion presque extatique et surnaturelle. » (Hermann Voss)

2GChapelle de San Felice da Cantalice (images)

Tombe du saint (le premier de l’ordre des Capucins) : sarcophage du IIIe avec sa dépouille

Alessandro Turchi, Felix da Cantalice

Fra’ Simplicio da Verona, Guérison du paralytique (d)

Fra’ Luigi da Crema, Saint Félix rend la vue à un enfant (g)

1G – Chapelle de Saint-Paul

Pietro da Cortona, Anania rend la visite à Paul (1631) (autel)

Liborio Coccetti, Saint Étienne (voûte)

Chœur derrière le maître autel (XVIIe)

Terenzio Terenzi, Assomption de la Vierge (1578) (autel)

Antonio Alberti Barbalonga, Portrait d’Urbain VIII (d)

Lucio Massari, Saint Matthieu et Saint Luc (d)

Marco Pino ou Girolamo Siciolante da Sermoneta, Noli me tangere (d)

Girolamo Siciolante da Sermoneta, Annonciation (g)

Lionello Spada, Saint Jean l’Evangéliste (g)

Antonio Alberti, Urbain VIII ; Cardinal Antonio Barberini avec l’église et le couvent de la Conception (g)

Oratoire (à droite du chœur du XVII)

Chambre secrète pour les prières du pape, également utilisée par la reine Marguerite de Savoie.

G.B. Sassoferrato, Sainte Famille

Sacristie

Paolo Piazza, Saint Bonaventure

Giovanni Lanfranco, deux fragments de l’Immaculée Conception du maître-autel, détruit.

Couvent

Copie par Manfredi du Caravage (original à Barberini), St François (1605)

Palma le Jeune, Nazarene

Crypte

(images)

5 chapelles abritant les ossements d’environ 4 000 moines décédés entre 1528 et 1870.

Les squelettes, datant d’avant la construction de l’église, furent transportés ici entre 1627 et 1631 depuis les églises Santa Croce et Santa Bonaventura dei Lucchesi, ancien siège des Capucins, après « trois cents voyages en charrette ».

La terre du sol proviendrait de Terre sainte.

L’inscription à la sortie dit : « Vous êtes ce que nous étions, vous serez ce que nous sommes. »

*

Étienne de La Boétie – Discours dela servitude volontaire, Sur les courtisans

Ainsi le tyran asservit les sujets les uns par le moyen des autres, et il est gardé par ceux desquels, s’ils valaient quelque chose, il se devrait méfier ; et, comme on dit, pour fendre du bois, il faut les coins du bois même. Voilà ses archers, voilà ses gardes, voilà ses hallebardiers ; non pas qu’eux-mêmes ne souffrent quelquefois de lui, mais ces perdus et abandonnés de Dieu et des hommes sont contents d’endurer du mal pour en faire non pas à celui qui leur en fait, mais à ceux qui en endurent comme eux et qui n’y peuvent rien.

Toutefois, en voyant ces gens-là, qui font les valets auprès du tyran pour tirer profit de sa tyrannie et de la servitude du peuple, je suis souvent ébahi de leur méchanceté, et quelquefois j’ai pitié de leur sottise : car, à dire vrai, qu’est-ce autre chose de s’approcher du tyran que se retirer plus loin de sa liberté, et par manière de dire serrer à deux mains et embrasser la servitude ? Qu’ils mettent un petit peu à part leur ambition et qu’ils se déchargent un peu de leur avarice, et puis qu’ils se regardent eux-mêmes et qu’ils se reconnaissent, et ils verront clairement que les villageois, les paysans, lesquels ils foulent aux pieds tant qu’ils peuvent, et qu’ils traitent pire que des forçats ou des esclaves, ils verront, dis-je, que ceux-là, ainsi malmenés, sont toutefois, comparés à eux, plus chanceux et plus libres. Le laboureur et l’artisan, bien qu’ils soient asservis, en sont quittes en faisant ce qu’on leur dit ; mais le tyran voit les autres qui sont près de lui, réclamant et mendiant sa faveur : il ne faut pas seulement qu’ils fassent ce qu’il dit, mais qu’ils pensent ce qu’il veut, et souvent, pour lui satisfaire, qu’ils préviennent encore ses pensées. Ce n’est pas suffisant pour eux de lui obéir, il faut encore lui complaire ; il faut qu’ils se rompent, qu’ils se tourmentent, qu’ils se tuent à travailler en ses affaires et puis qu’ils se plaisent de son plaisir, qu’ils laissent leur goût pour le sien, qu’ils forcent leur complexion, qu’ils dépouillent leur naturel ; il faut qu’ils prennent garde à ses paroles, à sa voix, à ses signes et à ses yeux ; qu’ils n’aient ni œil, ni pied, ni main, que tout ne soit aux aguets pour épier ses volontés et pour découvrir ses pensées. Cela est-ce vivre heureusement ? Cela s’appelle-il vivre ? Est-il au monde rien moins supportable que cela, je ne dis pas à un homme courageux, je ne dis pas à un bien né, mais seulement à un qui ait le sens commun, ou tout du moins visage humain ? Quelle condition est plus misérable que de vivre ainsi, de n’avoir rien à soi, tenant d’autrui son aise, sa liberté, son corps et sa vie ?

*

Introduction

Le tyran assure sa domination non par sa seule force, mais en instrumentalisant les sujets entre eux. C’est mécanisme central de la servitude : la division et la complicité des dominés.

Problématique : dans quelle mesure LB dénonce la complicité des dominés dans le processus de la servitude ?

Première partie – Le mécanisme de la domination

Le texte s’ouvre sur une affirmation qui vient clôturer une réflexion qui précède, d’où le connecteur logique « ainsi ». LB se place dans une démarche démonstrative, presque syllogistique.

« le tyran » : Sujet générique, sans détermination historique. Le terme renvoie à une figure abstraite du pouvoir absolu : ce peut être n’importe quelle personne ayant un pouvoir.

L’affirmation (l.1) est essentielle dans la compréhension de la domination : comment le tyran se maintient au pouvoir ? En utilisant ses sujets pour s’assujettir les uns les autres.

Construction syntaxique insistante sur la réciprocité : « les uns… les autres » souligne la circulation de la domination entre les sujets. LB pose ici l’idée fondamentale d’une servitude médiatisée, non directement exercée par le tyran.

LB dénonce ensuite l’inversion des valeurs : le tyran survit grâce à des hommes indignes et dangereux (l.2). Suit un proverbe, relevant de la sagesse populaire : image concrète, tirée du quotidien. Métaphore filée : le bois représente le peuple, les coins représentent les agents de la tyrannie. « les coins du bois même » : l’adverbe « même » insiste sur l’idée d’autodestruction. Ce procédé rend l’argument frappant, mémorable et accessible, tout en renforçant la responsabilité collective des sujets.

« Voilà ses archers, voilà ses gardes, voilà ses hallebardiers » : anaphorede « voilà ». Donne à voir concrètement les instruments du pouvoir. Accumulation ternaire = solennité. Champ lexical militaire, symbole de la violence d’État (la police).

« mais ces perdus et abandonnés de Dieu et des hommes sont contents d’endurer du mal » : Accumulation dépréciative. Exclusion à la fois divine (force de la religion) et sociale. Vision tragique et morale de ces hommes. « sont contents d’endurer du mal » → paradoxe : accepter volontairement la souffrance. Dénonciation d’une aliénation morale profonde.

« pour en faire non pas à celui qui leur en fait, mais à ceux qui en endurent comme eux et qui n’y peuvent rien » : indique une finalité perverse. Il faudrait se rebeller contre le tyran, non pas écraser les dominés. Condamnation morale sans appel.

Deuxième partie – L’aliénation générale

LB ne se concentre plus sur le fonctionnement général de la tyrannie, mais sur la psychologie et la condition des serviteurs du tyran → montrer que les bénéficiaires apparents du pouvoir sont en réalité les plus aliénés.

« Toutefois » : Adverbe concessif et transitionnel. Il marque un changement de point de vue : après la dénonciation structurelle, LB introduit une réflexion plus subjective : pronom « je », l’étonnement philosophique. Diversité des émotions pour convaincre son lecteur.

« en voyant ces gens-là » : le démonstratif péjoratif « ces gens-là » instaure une distance morale et affective. → LB pose d’emblée le fondement immoral de leur comportement.

Après le mépris, retrouve une bienveillance feinte : « j’ai pitié » ; « je suis souvent ébahi de leur méchanceté ». Double condamnation : morale (méchanceté), intellectuelle (sottise). LB refuse toute admiration pour ces hommes, mais leur dénie aussi toute lucidité.

(l.9-10) Mépris de nouveau : énonce une vérité « à vrai dire » (l.9) + présent général. Question rhétorique : évidence. La question rhétorique et la métaphore font retomber la réflexion froide dans la remarque émotive.

« et par manière de dire serrer à deux mains et embrasser la servitude » « serrer à deux mains », « embrasser » : gestes volontaires, affectifs. Paradoxe violent : La servitude n’est plus subie, mais aimée et recherchée. LB accuse ici une servitude consentie.

S’ensuit un renversement hiérarchique fondamental : désignation des dominés : « villageois, paysans » : figures du peuple méprisé. Comparatif paradoxal : les plus écrasés socialement sont pourtant « plus libres ». Renversement hiérarchique fondamental. Ceux qui sont méprisés sont plus libres que ceux qui les méprisent par leur position hiérarchique supérieure. « Ils verront clairement » (l.12) : champ lexical de la vision et de l’évidence rationnelle.

« il ne faut pas seulement qu’ils fassent ce qu’il dit, mais qu’ils pensent ce qu’il veut » : gradation dans la domination. Passage de l’action à la pensée : la tyrannie devient intériorisée.

« et souvent, pour lui satisfaire, qu’ils préviennent encore ses pensées » : degré ultime de la servitude. L’individu abdique toute autonomie intellectuelle. Servitude totale, physique, morale et mentale, qui nie toute humanité.

« Ce n’est pas suffisant pour eux de lui obéir, il faut encore lui complaire ». Opposition implicite entre deux degrés : « obéir » « complaire » : servitude aggravée, qui dépasse la contrainte.

« il faut qu’ils se rompent, qu’ils se tourmentent, qu’ils se tuent à travailler en ses affaires » : gradation des verbes pronominaux. . Champ lexical de la souffrance physique et morale. « se tuer à travailler » hyperbole pour dénoncer la servitude extrême comme autodestruction.

« et puis qu’ils se plaisent de son plaisir » : paradoxe moral, aliénation affective.

« qu’ils laissent leur goût pour le sien, qu’ils forcent leur complexion, qu’ils dépouillent leur naturel ». Accumulationternaire, gradation. La servitude devient négation de l’identité.

« il faut qu’ils prennent garde à ses paroles, à sa voix, à ses signes et à ses yeux ». Accumulation sensorielle : ouïe, vue. Surveillance permanente, angoissée, obsessionnelle.

« qu’ils n’aient ni œil, ni pied, ni main ». Négation totale parénumération : corps morcelé, privé de ses organes. Déshumanisation complète.

« que tout ne soit aux aguets pour épier ses volontés et pour découvrir ses pensées ». Métaphore animale (« aux aguets ») : assimilation à des bêtes traquant leur proie. Finalité double : « épier » (surveiller) ; « découvrir » (anticiper). Servitude mentale totale, au-delà même de l’ordre reçu.

Troisième partie – l’appel à l’indignation

Suite de questions rhétoriques. Mise en doute de la notion même de vie. Gradation : du bonheur à l’existence elle-même (« vivre heureusement » / « vivre »). LB nie à cette condition toute dignité humaine.

« Est-il au monde rien moins supportable que cela » Superlatif implicite : rien n’est plus insupportable. Tournure impersonnelle : Généralisation universelle.

« je ne dis pas à un homme courageux, je ne dis pas à un bien né ». Références aux valeurs aristocratiques : courage, noblesse de naissance. Abaissementducritère : Il ne faut même pas être héroïque. « visage humain » : accepter cela, c’est cesser d’être homme.

« Quelle condition est plus misérable que de vivre ainsi ». Exclamation interrogative : Ton pathétique et indigné. Synthèse accusatrice.

« de n’avoir rien à soi, tenant d’autrui son aise, sa liberté, son corps et sa vie ». Infinitifsexplicatifs : définition précise de la misère. Accumulation finale : « aise », « liberté », « corps », « vie ». Progression vers l’essentiel. Dépendance totale, jusqu’à l’existence même.

Conclusion

LB démontre que la servitude volontaire n’est pas seulement une faute politique, mais aussi une faute morale (et même religieuse), par un style oratoire fondé sur l’accumulation, l’hyperbole, la question rhétorique. Servir le tyran, c’est renoncer à être homme. La liberté n’est pas ici un privilège, mais la condition minimale de l’humanité.

*

La Boétie, Discours de la servitude volontaire (1577), l’exorde

Texte

« Il n’est pas bon d’avoir plusieurs maîtres ; n’en ayons qu’un seul ; qu’un seul soit le maître, qu’un seul soit le roi. »

Voilà ce que déclara Ulysse en public, selon Homère. S’il eût dit seulement : « Il n’est pas bon d’avoir plusieurs maîtres », c’était suffisant. Mais au lieu d’en déduire que la domination de plusieurs ne peut être bonne, puisque la puissance d’un seul, dès qu’il prend ce titre de maître, est dure et déraisonnable, il ajoute au contraire : « N’ayons qu’un seul maître… »

Il faut peut-être excuser Ulysse d’avoir tenu ce langage, qui lui servait alors pour apaiser la révolte de l’armée : je crois qu’il adaptait plutôt son discours aux circonstances qu’à la vérité. Mais à la réflexion, c’est un malheur extrême que d’être assujetti à un maître dont on ne peut jamais être assuré de la bonté, et qui a toujours le pouvoir d’être méchant quand il le voudra. Quant à obéir à plusieurs maîtres, c’est être autant de fois extrêmement malheureux. (…)

Pour le moment, je voudrais seulement comprendre comment il se peut que tant d’hommes, tant de bourgs, tant de villes, tant de nations supportent quelquefois un tyran seul qui n’a de puissance que celle qu’ils lui donnent, qui n’a pouvoir de leur nuire qu’autant qu’ils veulent bien l’endurer, et qui ne pourrait leur faire aucun mal s’ils n’aimaient mieux tout souffrir de lui que de le contredire. Chose vraiment étonnante (et pourtant si commune qu’il faut plutôt en gémir que s’en ébahir) de voir un million d’hommes misérablement asservis, la tête sous le joug, non qu’ils y soient contraints par une force majeure, mais parce qu’ils sont fascinés et pour ainsi dire ensorcelés par le seul nom d’un, qu’ils ne devraient pas redouter, puisqu’il est seul, ni aimer puisqu’il est envers eux tous inhumain et cruel.

Telle est pourtant la faiblesse des hommes : contraints à l’obéissance, obligés de temporiser, ils ne peuvent pas être toujours les plus forts. Si donc une nation, contrainte par la force des armes, est soumise au pouvoir d’un seul (comme la cité d’Athènes le fut à la domination des trente tyrans), il ne faut pas s’étonner qu’elle serve, mais bien le déplorer. Ou plutôt, ne s’en étonner ni ne s’en plaindre, mais supporter le malheur avec patience, et se réserver pour un avenir meilleur.

*

[Introduction]

Ce texte est le début de l’exorde du Discours de la servitude volontaire écrit par La Boétie et publié de manière posthume en 1577. La Boétie, mort à 32 ans, ami de Montaigne, est surtout l’auteur de ce discours de philosophie politique. Il y réfléchit sur les causes de la soumission du peuple par un tyran. Ce sujet est introduit, dans cet exorde, par une citation qui permet à l’auteur de préciser sa thèse et les enjeux de son discours.

LECTURE

Ce texte peut être divisé en deux parties. La première, jusqu’à la ligne 11, est une introduction par un exemple antique ; la seconde partie est l’exposition de l’argumentaire.

Nous nous demanderons dans quelle mesure cet exorde est déjà une critique féroce du pouvoir politique.

[Première partie]

Le texte s’ouvre sur une citation (un « exemplum ») de « l’éducateur de la Grèce », Homère → LB fait appel à une « autorité littéraire » pour légitimer son propos ; s’inscrit dans l’Humanisme de la Renaissance (à l’avant-garde intellectuelle ; « captatio benevolentiae ») ; propose d’expliquer un phénomène à partir de l’Homme et non pas de Dieu.

Analyser la citation : mouvement ternaire (efficacité oratoire) avec 3 propositions indépendantes : une déclarative négative, qui a valeur de vérité générale, d’aphorisme ; et deux injonctions au subjonctif qui fonctionnent comme un « slogan » politique. L’exhortation semble découler logiquement du principe énoncé (mais déjà la voix collective s’oppose à l’unicité du pouvoir).

S’ensuit le commentaire de LB → se montre philosophe politique, capable d’analyser, et de critiquer Homère. Pose un constat. Le remet en cause par une réflexion logique, un raisonnement hypothétique (« S’il eût dit… ») et une antithèse (« mais au lieu d’en déduire… ») : il oppose la logique rationnelle (« en déduire ») à l’erreur de raisonnement (« mais au lieu »). Il cherche la polémique.

À cette construction syntaxique s’ajoutent les arguments : LB critique la position de « maître » sur 2 plans : humainement (sa puissance est « dure ») et intellectuellement (« déraisonnable »). Ces deux adjectifs se complètent sonorement, le deuxième semblant développer le premier. Allitération en « d » et en « r ».

Il dénonce le sophisme d’Ulysse, par la raison. Il déconstruit et prouve la fausseté de l’idée. D’où l’usage d’une proposition subordonnée causale (« puisque… »).

LB continue en utilisant l’ironie. Sous l’apparence d’indulgence envers Ulysse, il l’accuse de mentir. L’adverbe « peut-être » nous indique cette ironie : LB émet un doute, qu’il va ensuite confirmer.

LB dénonce le décalage entre le discours politique et la vérité. Le verbe « adaptait » décrit l’opportunisme politique du héros.

LB condamne cette façon de penser. En effet, dans une longue phrase complexe, il insiste sur l’aspect négatif du pouvoir d’un maître. Cette phrase s’ouvre sur la mise en lumière, par la construction clivée « c’est… que », du « malheur extrême » (formule hyperbolique, qui cherche à frapper les esprits, à convaincre par l’émotion et l’indignation), les adverbes absolus et opposés « jamais »/« toujours », et le balancement syntaxique « bonté »/« être méchant », jusqu’à la clausule qui reprend, en l’amplifiant, la formule du début : « extrêmement malheureux ».

la condamnation se radicalise : toute forme de domination est illégitime.

Transition : « Nous venons de voir en quoi la citation permettait d’introduire le propos de LB, nous allons maintenant nous intéresser aux premiers arguments apportés par l’auteur. »

[Deuxième partie]

La deuxième partie s’ouvre sur un effet (feint) d’apaisement. L’émotion retombe : « pour le moment », on revient au présent. LB utilise le conditionnel, marque de l’humilité (« je voudrais ») appuyé par l’adverbe « seulement ».

Mais la suite de la phrase est de nouveau emphatique : gradation de l’accumulation (du particulier au général), opposition du nombre à l’isolement du tyran (« tyran seul »), rythme ternaire des propositions subordonnées relatives qui répètent l’absurdité de la position de ce tyran. Ces effets rhétoriques cherchent à convaincre le lecteur, avant même qu’il réfléchisse aux arguments.

Premier argument, la « puissance ». Elle dérive du consentement collectif : c’est un renversement de perspective, car on pense généralement que la puissance appartient à celui qui l’a. LB laisse donc entendre qu’il est facile d’enlever son pouvoir au tyran.

Argument 2, l’acceptation du peuple. LB insiste sur la responsabilité du peuple dans sa propre servitude : le tyran ne fait de mal que parce que ses sujets y consentent. Ce qui est mis en lumière par la subordonné comparative de proportion (« qu’autant qu’ils veulent bien l’endurer »). Mais la formulation laisse aussi entendre la fin historique de cette soumission.

Argument 3, le manque de courage du peuple. C’est la thèse principale : la servitude ne repose pas sur la force, mais sur le choix — absurde — de ceux qui se soumettent. La formule est frappante, elle repose sur un oxymore (« aimer souffrir ») qui repose sur l’habitude (utilisation de l’imparfait (« aimaient mieux souffrir »).

LB appelle à l’étonnement et à l’indignation face à cet état de choses (« étonnante », « en gémir »). Nouveau constat (« si commune »). Sentence. Effet dramatique : « la tête sous le joug », métaphore qui renvoie à la condition animale.

LB explique cette servitude par la manipulation, non par la force. Cette manipulation est en partie acceptée : « fascinés », « ensorcelés » → champ lexical de la magie et de l’irrationnel : souligne le caractère factice, imaginaire de la puissance du tyran.

Il insiste sur l’attitude absurde du peuple : la crainte et l’amour. Il contredit, avec un argumentaire concis, ces positions. Rien ne les justifie : il est seul, il est cruel. LB retrouve ses arguments du début du texte.

La fin du texte reconnaît des situations désespérées, quand la domination par la force est réelle : « ils ne peuvent pas être toujours les plus forts. » Il rappelle la condition humaine (« faiblesse », « contraints »). La domination militaire est un malheur et la servitude est alors inévitable. Pour le prouver, LB utilise une nouvelle référence antique (Athènes) : culture humaniste, de nouveau.

Alors, le philosophe politique se fait philosophe moral : il appelle à la patience. L’espoir est présent : « avenir meilleur ». Aucune situation n’est définitive.

Mais cette évocation est une manière d’appuyer son propos. Il distingue deux formes de servitude : il y a une servitude imposée, mais il y a une servitude volontaire, et celle-ci est donc évitable, et il faut la combattre.

[Conclusion]

Dans l’exorde, La Boétie ne fait pas que présenter le contenu de son discours, il commence déjà à répondre à la thèse posée : les peuples se soumettent par habitude, par faiblesse, par manque de réflexion. Il dénonce l’irrationalité de la soumission, et appelle donc plus ou moins à renverser cette situation. Pour cela, il utilise tous les outils de l’art oratoire, les effets stylistiques et les arguments logiques.

Cet appel à renverser les pouvoirs dominants est, encore aujourd’hui, radical : il faut donner ici une référence personnelle (musique, film, livre…).

*

Étienne de La Boétie, Discours de la servitude volontaire (écrit vers 1548)

Généralités

XVIe siècle : humanisme.

La Boétie est mort jeune, mais son ami Montaigne s’est chargé de le faire connaître.

Texte fondateur de la philosophie politique.

Pour ne plus être soumis, il faut simplement refuser de se soumettre.

Idées générales

Cesser de soutenir le tyran suffit à le faire tomber : Les grèves, les boycotts, la désobéissance civile.

La tyrannie endort l’esprit par les jeux (addiction aux écrans ou la société de consommation).

Le tyran utilise la religion ou les mystères pour impressionner : Le pouvoir cherche souvent à sacraliser son autorité (lui donner une origine religieuse) pour empêcher toute remise en question citoyenne.

1. « L’homme est-il responsable de son propre manque de liberté ? »

Ce n’est pas le tyran qui est fort, c’est le peuple qui est faible. Un seul homme ne peut pas en soumettre des millions si ces derniers ne sont pas d’accord pour obéir. On est complice de notre malheur.

« Soyez résolus de ne servir plus, et vous voilà libres. »

Exemple : image du colosse aux pieds d’argile. Si on arrête de servir le tyran, il s’effondre tout seul, comme un colosse dont on retirerait la base.

→ Le changement social commence par la prise de conscience individuelle. La liberté n’est pas quelque chose qu’on reçoit, c’est quelque chose qu’on arrête d’abandonner et de donner à un autre.

2. « Pourquoi est-il si difficile de changer les choses ? Le passé nous empêche-t-il d’être libres ? »

On finit par aimer ses chaînes parce qu’on est né dedans. La mauvaise éducation, l’habitude, le confort matériel nous font oublier que nous sommes nés libres.

Exemple : La comparaison entre les chevaux sauvages et les chevaux dressés. Le cheval sauvage se bat jusqu’au bout pour sa liberté, tandis que celui qui est né en écurie accepte le mors et la selle parce qu’il n’a jamais connu autre chose.

→ L’habitude peut nous rendre aveugles à l’injustice. On accepte des situations absurdes simplement parce que « ça a toujours été comme ça ». « La première raison de la servitude volontaire, c’est l’habitude. »

3. « La consommation et les loisirs nous détournent-ils des vrais problèmes ? »

Les tyrans utilisent des « drogues » pour endormir le peuple : les spectacles, les jeux, les plaisirs faciles.

Exemple : Les festins et les jeux publics dans la Rome antique. Le tyran donne un peu de nourriture et de divertissement au peuple pour qu’il oublie sa liberté perdue. Aujourd’hui, la société de consommation et de divertissement (réseaux sociaux, jeux vidéo, sport) empêche les citoyens de s’occuper de politique et de sujets sérieux.

4. « Le pouvoir repose-t-il sur une seule personne ou sur tout un système ? »

Le tyran ne tient pas seul. Il est soutenu par des complices qui contrôlent d’autres personnes, qui elles-mêmes contrôlent d’autres personnes : c’est un système pyramidal de domination/soumission.

Exemple : Les « hallebardiers » (la police) : ce sont des gens qui acceptent d’être dominés par le chef pour pouvoir dominer à leur tour ceux qui sont en dessous d’eux. Ils préfèrent le pouvoir sur les autres à leur propre liberté.

→ la corruption et l’injustice sont un système global. On accepte parfois des règles injustes parce qu’on en tire un petit profit personnel.

5. « La liberté est-elle naturelle ? Est-ce dans l’humain ou doit-il l’apprendre ? »

Pour LB, la liberté est un droit naturel. Tous les êtres vivants naissent avec le désir de rester libres. Si on nous l’enlève, c’est par la force ou par la ruse.

Exemple : Le comportement des animaux. LB explique que même les bêtes, qui n’ont pas la parole, résistent quand on veut les capturer. L’oiseau en cage, le bœuf sous le joug : tous manifestent une souffrance qui prouve que l’état naturel, c’est l’autonomie.

→ l’oppression n’est pas naturelle. L’homme qui accepte d’être esclave perd ce qui fait de lui un homme.

6. « Pourquoi l’union fait-elle la force ? La solitude aide-t-elle le pouvoir ? »

→ importance de l’amitié : l’entraide, le collectif, les associations, les syndicats.

Idée : Le tyran est l’homme le plus seul au monde. Il n’a pas d’amis, seulement des complices ou des sujets qui le craignent. La vraie amitié ne peut exister qu’entre des gens égaux et libres.

Exemple : Le miroir de l’âme. L’amitié demande une confiance totale. Comme le tyran fait peur à tout le monde, personne n’est honnête avec lui. Il vit dans une prison dorée faite de flatteries et de mensonges.

→ la solidarité et les liens sociaux sont des actes de résistance. Un peuple divisé est facile à diriger ; un peuple uni par l’amitié et la fraternité est invincible. Il faut s’unir.

7. « L’accès à la culture est-il une condition de la liberté ? »

Les personnes instruites sont les plus difficiles à soumettre. Même si elles perdent leur liberté physique, elles gardent leur liberté d’esprit et finissent par réveiller les autres.

Exemple : Celles et ceux qui ont « la tête bien faite ». Même si la liberté était totalement effacée de la terre, certains individus la « sentiraient » encore grâce à l’étude et à la réflexion.

→ d’où l’importance de l’école, de la lecture et de la culture générale. Savoir, c’est commencer à ne plus pouvoir être trompé par les discours du pouvoir.

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La Fontaine, « Les Grenouilles qui demandent un roi »

→ illustre le paradoxe de la condition humaine : la tendance à sacrifier une liberté paisible au profit d’une autorité forte, pour ensuite le regretter.

→ c’est une satire politique

→ il faut savoir apprécier son autonomie et sa liberté même si cela pose des problèmes.

Idée 1. La liberté est parfois perçue comme un fardeau. L’humain a tendance à confondre la paix (la tranquillité) avec l’ennui. Défendre la liberté, c’est aussi apprendre à l’apprécier quand elle est discrète, plutôt que de chercher un « chef » pour combler un vide existentiel.

Idée 2. On renonce souvent à sa liberté par choix, en pensant gagner en sécurité ou en prestige. Le passage de la « Solive » (un roi inerte et inoffensif) au « Grue » (un tyran qui les dévore) montre que l’autorité, une fois installée, est difficile à contrôler. La liberté est fragile ; une fois qu’on la délègue à un pouvoir absolu, il est souvent trop tard pour faire marche arrière.

Idée 3. Le passage de l’ordre à l’oppression. Les grenouilles voulaient un roi pour les diriger, elles obtiennent un bourreau qui les extermine. Défendre la liberté, c’est exercer un droit de regard et une vigilance constante sur ceux qui nous gouvernent.

Idée 4. La Fontaine suggère qu’il vaut mieux une liberté imparfaite ou un dirigeant médiocre (la Solive) qu’un changement radical qui mène à la tyrannie. La défense de la liberté passe parfois par la conservation de ce que l’on possède déjà, plutôt que par la poursuite d’un idéal d’ordre absolu qui finit par nous emprisonner.

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